Studia III

LA POLITIQUE BALKANIQUE DE BURÉBISTA

Les informations que nous possédons sur le roi géto-dace Burébista, bien que numériquement peu nombreuses, sont riches en substance et en implications concernant la politique balkanique au Ier siècle av.n.è.; elles sont fournies par des sources précises et dignes de toute confiance. La première, dans l'ordre chronologique, est un document contemporain de Burébista, le décret en l'honneur d'Acornion, fils de Dionysios, citoyen de la ville de Dionysopolis (Balcic), par lequel le Conseil et le peuple de cette cité récompensent les mérites qu'il a acquis au service du bien public d'une couronne d'or et d'une statue de bronze. L'inscription, gravée sur marbre, a été découverte à la fin du siècle dernier à Balcic et est conservée au Musée National de Sofia. Les actes méritoires d'Acornion y sont présentés par ordre chronologique, la seconde moitié du décret traitant de ses rapports avec Burébista et de l'activité de ce dernier dans les Balkans. Ce document, que nous apprend-il sur Burébista? Que peu de temps auparavant (le décret date de l'année 48 av.n.è., et est antérieur à la bataille de Pharsale du 9 août) il était dévenu le plus grand des rois de Thrace, étendant son autorité sur les terres situées au nord et au sud du Danube. Que Acornion était devenu l'ami fidèle de Burébista - après avoir été en bons termes avec le père d'un basileus dobroudjéen qui avait sa capitale dans une certaine Argedava de la Dobroudja, attestée par une inscription d'époque impériale (R.R.H.-XIV, 1975). Qu'il avait donné des conseils à Burébista dans bon nombre de questions importantes. Que son amitié et ses conseils lui avaient valu la bienveillance du roi dace quant aux besoins de la ville. Que Burébista l'avait par la suite désigné comme son ambassadeur auprès de Pompée qu'il rencontre à Héraclée Lyncestis, en Macédoine, et dont il obtient, s'acquittant ainsi avec honneur de la mission qui lui avait été confiée, la bienveillance en faveur du roi, engageant en même temps des négociations au profit de sa propre ville.
La deuxième source est le texte de la Géographie de Strabon (VII, 3, 11). Strabon (64 av.n.è. - ante 21) est né à Amasya, dans le royaume du Pont situé sur le littoral méridional de la Mer Noire; il avait donc 16 ans en 48 av.n.è. (année de l'ambassade de Burébista auprès de Pompée et de la défaite de ce dernier à Pharsale) et 20 ans à son arrivée à Rome, en 44 av.n.è., année de la mort de César et de Burébista. C'est donc un témoin conscient de la politique de son temps, et d'autant plus informé sur les événements qui nous intéressent, qu'il appartenait lui-même à la même zone géopolitique. La rédaction de l'ouvrage conservé (la Géographie), pour laquelle il s'est documenté dans les bibliothèques d'Alexandrie et dans les archives de Rome, a été effectuée, à ce qu'il paraît, dans l'Amasya natale, après l'an 7 av.n.è. Autrement dit, les informations de Strabon sur Burébista, dont il a été le contemporain, sont consignées environ quatre décennies après le moment de pointe de la politique de Burébista dans les Balkans.
Que dit Strabon de Burébista? Que les Gètes étaient épuisés par les guerres lorsqu'il est devenu leur roi. Qu'il a réussi à rétablir leur puissance en les obligeant à des exercices physiques et en leur imposant de renoncer au vin et d'obéir à ses ordres. Qu'il avait acquis, dans un bref délai, une large autorité (d'État) en soumettant aux Gètes la plupart de leurs voisins. Qu'il avait franchi le Danube, traversant la Thrace jusqu'en Macédoine et en Illyrie. Qu'il avait décimé les Celtes mêlés aux Thraces et aux Illyriens et qu'il avait anéanti les Boïens, dirigés par Critasiros, et les Taurisques. La dernière information se situe du point de vue chronologique au début du règne de Burébista, et la pénultième (l'envahissement de la Thrace, de la Macédoine et de l'Illyrie), très probablement après 48 av.n.è. (l'année de la défaite de Pompée). Mais pour définir les directions majeures de la politique de Burébista, il convient d'expliquer les relations du roi géto-dace avec les cités grecques du littoral septentrional et occidental de la Mer Noire, en général, et notamment avec celles de la Dobroudja. Ceci est absolument nécessaire car, en corroborant des sources littéraires et des inscriptions qui ne font pas mention du nom du roi géto-dace, on a accrédité, pendant plus d'un demi-siècle d'exégèse historique, l'idée fausse selon laquelle Burébista n'aurait été qu'un barbare destructeur, un guerrier faisant la guerre par amour de la guerre, et, implicitement, dépourvu de vision et de stratégie politiques. Or, les cités pontiques étaient justement celles qui, sans empiéter sur les intérêts, de quelque nature qu'ils fussent, des Géto-Daces, contribuaient substantiellement à leurs échanges commerciaux, des preuves archéologiques relatives à la pénétration des marchandises grecques de toute sorte existant depuis le Ve jusqu'au ler siècle av.n.è., éparses un peu partout, du Danube jusqu'au nord de la Transylvanie.

À cette fausse image de Burébista a également contribué la mentalité simpliste de ces archéologues qui, n'ayant pas découvert sur le territoire de la Roumanie un Parthénon comme celui d'Athènes, un mausolée comme celui d'Halicarnasse, ou un autel comme celui de Pergame, ont conclu à l'existence d'une proportionnalité entre la capacité de raisonnement des Géto-Daces et l'absence de monuments pareils à ceux mentionnés. Ces historiens ont probablement oublié - ce qu'ils ont appris dès le lycée, dans De bello gallico - l'admiration que portait César aux chefs gaulois pour leurs disponibilités politiques. Ainsi, n'ont-ils peut-être pas lu la véhémente invective de Démosthène dans la Ière Philippique, où le roi macédonien était traité, avec jalouse admiration, de «barbare» par les Athéniens qu'il manoeuvrait, en fait, à sa guise.

Monnaie dacique (IVe av.n.è.) avec iconographie autochtone type «Jiblea pan-dacique» (Trésor de Jiblea-Călimăneşti) –  avers et revers Les actions militaires de Burébista ont eu une solide motivation politique. Ces actions étaient dirigées avant tout contre l'expansion celte vers les territoires occupés depuis des siècles par les Géto-Daces. Si au IIIe siècle av.n.è. l'expansion celte, ni massive ni organisée militairement, s'était soldée par une rapide assimilation ethnique des groupes celtiques par les Géto-Daces, du temps de Burébista la menace militaire celte périclitait, dans le contexte politique chargé de l'époque, la sécurité même de la partie occidentale du pays. Ce n'est point par hasard que Strabon précise qu'en écrasant les Celtes Boïens (voir plus haut), Burébista a décimé jusqu'aux Celtes mêlés aux Thraces et aux Illyriens. Il est, en fait, question de l'annihilation d'un élément hostile qui avait pénétré dans une ambiance ethnique (géto-daco-thraco-illyrienne) traditionnelle. Cette raison, de même que celles que nous allons exposer, fait ressortir de l'analyse objective des documents le caractère de grande personnalité politique de Burébista, profilée sur la toile de fond des événements historiques de son siècle.

Une information de Dion Chrysostome (40 - env. 120 de n.è.) relative à la conquête de la cité d'Olbia (près d'Odessa) et du littoral pontique tout entier jusqu'à Appolonia (Burgas), 150 ans avant l'arrivée de Dion lui-même dans la ville sise aux embouchures du Boug (information insérée dans le discours Borystenitikos) a été mise en rapport avec l'activité guerrière de Burébista. Les premiers à avoir fait cette relation ont été G. Dittenberger et V. Latichev commentant certaines inscriptions dont il sera question plus bas. La supposition que Burébista ait détruit les villes pontiques a été transformée en idée historique au moment où les fouilles archéologiques effectuées dans bon nombre de ces cités ont mis au jour des couches successives présentant des traces d'incendie, que l'on peut dater de la fin du IIe jusqu'à la fin du Ier siècle av.n.è. et même plus tard peut-être. Telle étant la situation, on a considéré que le décret concernant un certain Nikeratos (I.O.S.P.E., I. 17) représente une confirmation des actions militaires contre l'Olbia; de même, ont été considérées des confirmations de la destruction d'Histria, le décret concernant Aristagoras, le fils d'Apaturios (Syll.3, 708) et un catalogue honorifique (St. Clas., IX, 1967, pp. 153-166) qui mentionne une «deuxième fondation de la ville» (catalogue dont nous avons prouvé qu'il date de l'époque impériale - St. Clas., X, 1968, p. 375 - c'est-à-dire d'une époque où les cités de la Thrace et de l'Asie Mineure avaient l'habitude d'honorer, en guise de flatterie, du titre de «deuxième fondateur» de leurs villes l'empereur au pouvoir à Rome);comme confirmation de la situation difficile qui régnait à Tomis, une inscription que Dittenberger (Syll.3, 731) met en rapport avec les faits de guerre de Burébista; comme confirmation de la destruction de la ville de Callatis, une épigraphe mentionnant certaines réfections de la cité (A.E.M., VI, 55); comme confirmation des vicissitudes subies par Odessos (Varna), une inscription relative à la consécration des prêtres d'Apollon après leur émigration, dont - selon Latîchev (Syll.3, 730 = I.G.B.1, I, 46) - la cause en serait toujours l'attaque de Burébista; comme confirmation des jours difficiles de Messembria, le décret (I.G.B.1, I, 323) qui conserve les noms de trois stratèges s'étant distingués dans la guerre contre Burébista, sans mentionner quelque autre préjudice causé par ce dernier à la ville. Il nous faut, cependant, souligner qu'aucune des inscriptions citées, aucun autre document épigraphique ou source historique n'affirme que Burébista aurait jamais détruit les cités grecques du nord et de l'ouest du Pont-Euxin.

Comment doit-on comprendre, à la lumière de ce que nous venons de dire, l'affirmation de Dion? L'appauvrissement des cités grecques était un phénomène chronique, qui rendait sporadique, et souvent impossible, le paiement des subsides aux populations autochtones du hinterland, raison pour laquelle ces dernières ont entrepris des actions contre les cités-ports respectives. D'autre part, Mithridate VI Eupator ayant barré la voie des Sarmates Yazyges vers l'Iran à travers le Caucase, ceux-ci en furent obligés dans les décennies qui s'ensuivirent à se diriger vers l'ouest, et à contourner l'arc carpatique par le nord, pour s'établir finalement entre le Danube et la Tisza, ce déplacement ayant, bien entendu, provoqué à son tour des frictions et des effets secondaires dans l'ethnographie de la zone en question. Ces faits - tout comme d'autres encore inconnus - ont abouti à des conflits aigus entre les cités grecques et les populations de l'intérieur des territoires respectifs, parmi lesquelles les Gètes étaient les plus nombreux. Les recherches soviétiques (Drevnîe frakiitî...) attestent leur existence au sud de la Russie dès le Ve siècle av.n.è. Il est probable qu'avant et après le moment Burébista, ces Gètes aussi - autres que les Géto-Daces du royaume de Burébista - aient causé, parmi d'autres, les destructions répétées des cités grecques, attestées par l'épigraphie et l'archéologie, et auxquelles (en fait, à une seule d'entre elles) se rapporte Dion.

Si une action d'envergure contre la grécité du Pont s'était vraiment produite, elle aurait eu, certes, un écho dans l'oeuvre de Strabon aussi, qui n'aurait pas hésité à la mettre au compte de Burébista si ce dernier en avait été l'auteur.

 Le décret de Dionysopolis, qui précise clairement qu'Acornion a obtenu la bienveillance du roi en faveur de la ville, aurait lui aussi mentionné, comme un grand mérite, le fait que, grâce à l'amitié qu'il lui témoignait, Burébista a «épargné» la cité, cependant qu'il en aurait anéanti d'autres tout autour. Il est également significatif que les trois stratèges de Messembria étaient envoyés combattre Burébista quelque part au loin de la cité. Qui plus est, un texte d'Appien (IIe siècle) - Les guerres civiles, II, 51 - nous présente Pompée rassurant ses adeptes et ses compagnons en affirmant que la population de l'Orient et des contrées du Pont-Euxin, Grecs et Barbares, sont toutes de son côté, et que les rois de ces derniers, aussi bien les amis des Romains que les siens, lui fournissent des troupes, des armes, des aliments et toute autre chose dont il aurait besoin. Il aurait été, donc, impossible que, lors de son arrivée en Macédoine, Pompée acceptât l'alliance de Burébista, si ce dernier avait détruit les cités grecques. D'autre part, ces dernières, en dépit des supposées destructions, avaient de quoi aider effectivement Pompée et son armée dans la lutte contre César.

Ce qui vient d'être exposé plus haut nous autorise à ne voir dans l'affirmation de Dion qu'un simple tópos rhétorique, une hyperbole, d'autant plus que ce rhéteur, après avoir été exilé de Rome par Domitien, en tant qu'impliqué dans une diversion politique antidynastique, était devenu l'ami de Trajan, dont il soutenait par des discours de propagande la campagne en vue de la conquête de la Dacie. Les choses étant telles, le texte de Dion ne peut plus être invoqué comme un argument péremptoire, car il est clair qu'il ne saurait être question d'aucune destruction des villes grecques par Burébista, mais, par contre - comme nous allons le voir plus loin - d'une brève période de calme dont ont bénéficié, au cours de ce siècle troublé, les cités se trouvant sous sa protection.

Afin de comprendre les raisons de la politique balkanique de Burébista, on ne doit considérer son rapprochement de Pompée ni comme une aventure personnelle ni comme une option hasardeuse pour l'un des deux prétendants à la direction des affaires à Rome, et ni même - avec notre optique rétrospective - comme l'appréhension d'une possible conquête de la Dacie par le vainqueur de la Gaule; César projetait de punir les Géto-Daces pour des raisons de prestige personnel et de politique intérieure plus que par la nécessité objective de garantir la sécurité des frontières romaines. Pour une meilleure compréhension des motivations de la politique de Burébista, il s'impose de rappeler les relations séculaires de la Dacie avec les Thraces balkaniques et les Grecs de l'Égée et du Pont-Euxininfo  infoainsi que l'attitude de Pompée à l'égard de l'Orient romain, à l'égard du monde hellénistique en déclin.

La présence des Romains dans les Balkans, mais aussi en Asie Mineure et en Syrie, présence qui y minait, du point de vue politique et économique, l'hellénisme, eut pour résultat de déstabiliser un ensemble économique reposant sur le libre-échange et sur l'avantage réciproque: une économie où étaient engrenés les cités grecques, les royaumes hellénistiques et les populations non-helléniques d'Asie, du nord de la Mer Noire et des Balkans, auxquels s'ajoute le monde géto-dace, traversé par les routes commerciales et les marchandises des fournisseurs grecs, thraces et, à peine à partir du commencement de notre ère, par l'afflux, timide au début, des produits provenant de l'occident romain (I. Glodariu, Relaţii comerciale ale Daciei cu lumea elenistică şi romană-«Relations commerciales de la Dacie avec le monde hellénistique et romain» -, Cluj-Napoca, 1974). La conquête de la Macédoine par les Romains, la déclaration de Délos comme port franc et, plus tard, la reconstruction par César de Corinthe et sa transformation en escale pour les produits de l'Orient (qui, arrivés par voie maritime, s'y arrêtaient pour être ensuite dirigés directement vers l'Italie, abandonnant les routes et les liaisons commerciales de l'Égée et de l'Asie Mineure) ont représenté tout autant de coups portés au commerce grec et aux partenaires séculaires du nord des Balkans et du Pont-Euxin. Ce furent les publicains romains qui pillèrent littéralement l'Orient hellénistique, appauvrissant ainsi la Grèce et s'enrichissant outre mesure. C'est ce qui explique pourquoi Mithridate VI Eupator (contemporain de la première partie du règne de Burébista) est parvenu à coaliser les derniers éclats des mécontentements accumulés depuis des décennies contre la politique économique et fiscale de Rome en Orient. Le phénomène Mithridate a eu une signification à part pour les Hellènes et les non Hellènes des Balkans et de l'Asie Mineure. La défaite de celui-ci a également conduit à la liquidation des causes qui avaient déterminé la prolifération de la révolte dirigée par le monarque du Pont, révolte à laquelle la ville d'Athènes avait elle-même adhéré, frappant des monnaies à l'effigie de ce roi, ce pourquoi Sylla lui infligea une sévère punition.

Après avoir, en 67 av.n.è., nettoyé les mers de pirates, Pompée se voit offrir le commandement suprême en Orient (66-62 av.n.è.). Il anéantit la dernière résistance de Mithridate, réorganise les provinces, remet les dettes, exempte d'impôts pour plusieurs années les villes appauvries, fonde de nouvelles cités et s'attire la sympathie des rois locaux et des masses autochtones.

C'est toujours cette sage politique qui - après le triste épisode de 62-61 av.n.è., des nombreux abus commis par Caius Antonius Hybrida, le proconsul de la Macédoine, au détriment des cités de la côte occidentale de la Mer Noire, abus qui provoquèrent la révolte de ces dernières contre le proconsul - a conduit à l'alliance ou au renforcement de l'alliance des villes riveraines du Pont-Euxin avec Rome (en ce sens, le traité entre Rome et Callatis - «Dacia», 3-4, 1927-1932 - ne pouvait être une exception, tout comme les bonnes relations de Burébista avec Dionysopolis ne constituaient point un cas particulier).

Pompée projetait le redressement économique de l'Orient hellénistique. Selon sa conception, ce dernier devait cesser d'être un domaine du pillage des Italiques et redevenir une force productive, une composante de la puissance romaine. «Depuis la Thrace jusqu'au Caucase - dit Ronald Syme (The Roman Revolution, Oxford, 1956, p. 30) - et jusqu'en Égypte, les contrées de l'Orient reconnaissaient son autorité.» Voilà pourquoi Burébista voyait dans la politique de Pompée, auquel il avait donné son appui, la possibilité de réactiver les relations traditionnelles d'échanges dans un monde exempt d'hostilité, où devait être restaurés les rapports pacifiques naturels entre partenaires.

La politique balkanique de Burébista, politique d'entente et de bon voisinage avec tous les facteurs de la zone (villes grecques, tribus thraces, éléments romains ouverts à la vision réaliste de Pompée) s'est heurtée à la résistance de ceux des Thraces de l'ouest de la péninsule, qui, pour des raisons souvent personnelles de leurs chefs, se traînaient à la remorque de la politique dictatoriale de César. Comme nous l'avons déjà dit plus haut, cette politique de Burébista n'était pas simplement une aventure du roi géto-dace, mais s'inscrivait dans la ligne des intérêts économiques et diplomatiques des tribus géto-daces, intérêts qui dataient déjà de la première moitié du IVe siècle av.n.è.

Que telle était la situation est prouvé du fait que l'orientation politique des Géto-Daces demeure la même après la mort de Burébista. Dans le conflit qui se déroulait cette fois-ci entre Octavien et Marc Antoine (soutenu, à son tour, par la partie orientale du monde romain), les Géto-Daces se rangèrent du côté de celui qui devait être vaincu à Actium [vezi harta]. Face à un pouvoir militaire agressif comme celui de la Rome gouvernée par César et pacifiée par Octavien, Burébista ainsi que les Géto-Daces qui lui ont suivi ne pouvait adopter qu'une attitude de résistance ferme afin de sauvegarder leur liberté, combattant le vainqueur de la Gaule aux côtés de son adversaire qui, par tout ce qu'il avait réalisé, symbolisait un modus vivendi en accord avec les intérêts économiques et politiques des tribus géto-daces.

Qu-est-ce que Pompée aurait demandé à Burébista? Tout d'abord, ce dont il avait un besoin urgent (et que mentionne Appien): des soutiens de toute sorte et en premier le concours armé, car la bravoure et le potentiel militaire humain des Géto-Daces étaient considérables. Si la bataille de Pharsale avait eu une autre issue, peut-être que Pompée aurait confié à son allié la liquidation de l'état de perpétuelle belligérance des tribus de Thraces guerriers des Balkans, également embarrassant pour les cités grecques, pour les Thraces pacifiques des plaines du nord et du sud de ces montagnes et pour Pompée lui-même, sous le rapport de la politique globale qu'il projetait de promouvoir dans les Balkans et dans l'Asie Mineure. C'est vraisemblablement la précipitation des événements qui a empêché ce programme de prendre corps.

L'alliance de Burébista avec Pompée, d'une part, l'entente entre le roi géto-dace et les cités pontiques ainsi que la protection qu'il leur aurait accordée, d'une autre, constituent les preuves d'une diplomatie perspicace et conséquente. Partant de ces thèses, nous sommes à même de constater qu'il nous est possible de fournir plus d'explications que nous ne le soupçonnions sur Burébista et l'époque de son apogée politique, les actions du roi géto-dace acquérant, sous cet angle de vue, une signification plus réaliste et plus logique. Nous constatons, en même temps, que l'aspect dominant et, du coup, le plus intéressant de sa personnalité n'est pas celui de guerrier, mais principalement celui d'artisan d'une politique de sagesse.

Les raisons de la politique balkanique de Burébista étaient complexes et elles tenaient à une ligne traditionnelle et non pas à des conjectures d'un moment. C'est pourquoi nous pensons qu'il est possible de le considérer, dans ce coin du monde, en tant que la première figure symbolique de la continuité d'une mentalité politique ferme et, à la fois, équilibrée, flexible, réceptive et constructive.

ABRÉVIATIONS BIBLIOGRAPHIQUES:

A.E.M. = Archäologisch-epigraphische Mitteilungen, Vienne.

Dacia = Dacia. Recherches et découvertes archéologiques en Roumanie, Bucarest.

Drevnie frakiţî = Drevnie frakiiţî v severnom Pricernomorie, Moscou, 1969.

I.G.B.1 = G. Mihailov, Inscriptiones graecae in Bulgaria repertae, vol. I-IV, Sofia, 1956.

I.O.S.P.E. = V. V. Latîchev, Inscriptiones antiquae orae septentrionalis Ponti Euxini, vol. I-IV, Saint-Pétersbourg, 1885-1901.

R.R.H. = Revue roumaine d'histoire, Bucarest.

St. Clas. = Studii clasice, Bucarest.

Syll.3 = G. Dittenberger, Sylloge inscriptionum graecarum, IIIe édition, 1917.

I.I.A.= Institutul de Istoria Artei „George Oprescu”.

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