Studia II

L'ART DES MONNAIES GÉTO-DACES

PROBLÈMES ICONOGRAPHIQUES, HISTORIQUES ET ÉCONOMIQUES CONCERNANT LES PREMIÈRES ÉMISSIONS
Les recherches numismatiques consacrées aux émissions monétaires des populations thraces et celtes installées à l'est et au nord du monde hellénique se sont efforcées de démontrer, avec persévérance et souvent avec justesse, que ces monnaies étaient imitées ou inspirées des modèles grecs, tant au point de vue iconographique que pondéral. Pour le monde celtique, ces affirmations sont en très grande partie valables encore de nos jours. Quant aux monnaies géto-daces, les recherches effectuées dernièrement au Cabinet Numismatique de l'Académie Roumaine ont mis en évidence des faits d'une nature fort différente, que nous essayerons de résumer le plus clairement possible au début de cette étude.

Les conclusions plus anciennes, tout comme celles plus récentes, convergent vers deux thèses: d'une part, les monnaies des Géto-Daces diffèrent nettement, quant à l'iconographie et quant au style, des émissions monétaires celtiques, sous le rapport de l'inspiration ou de l'imitation des modèles helléniques; d'autre part, leur confrontation directe avec ces modèles met en évidence l'existence d'une série monétaire autochtone, originale tant par son iconographie que par son style, et complètement différente des séries d'imitation. Les travaux de Constantin Moisil ont mis en évidence le caractère distinctif et original, dans leur ensemble, des émissions géto-daces par rapport à la grande masse des monnaies celtiques, fait qui est devenu de plus en plus évident pour les spécialistes étrangers aussi. Récemment, Suzana Dimitriu et Octavian Iliescu, en étudiant le type Amphipolis-Larissa, ont établi que l'apparition de ces monnaies est antérieure au type Philippe II, vu qu'elles présentaient de nombreuses caractéristiques autochtones originales.

Examinant à nouveau tout le matériel qui existe dans la collection de l'Académie ainsi que dans d'autres collections roumaines et étrangères, nos recherches ont abouti à de nouveaux points de vue, présentés et démontrés avec détails à l'appui dans les pages qui suivent. Ainsi excusera-t-on le caractère de simple exposé de ces quelques lignes, qui se résument à un premier jalonnement des résultats acquis, mais que nous croyons néanmoins opportun de faire connaître dès à présent. À tous les instruments d'investigation historique utilisés jusqu'à ce jour et en relation directe avec ceux-ci, nous avons ajouté l'interprétation iconographique-stylistique, basée sur l'observation minutieuse des détails omis jusqu'à présent, ou classés dans la rubrique stylisation, maladresse du graveur, lacune. En vertu de ce point de vue rigoureux, le matériel, apparemment touffu et non classable, s'ordonne de lui-même en séries autochtones, séries d'imitation et séries d'influences, comme suit:

Série autochtone:

— Le type Bendis (connu sous le nom de Amphipolis- Larissa), ayant sur l'avers la représentation de face de la figure de la divinité dace et sur le revers un cavalier. La divinité féminine dace, correspondant dans le panthéon gréco-romain à Artémis-Diane, apparaît à cheval sur le revers du type „Jiblea pan-dace“, sur les fibules à représentation anthropomorphe du trésor de „Coada Malului“, sur un disque céramique et une statuette en bronze, trouvés à Sarmizegetusa etc. (fig. 1/1)[v.p. 221].

— Le type „tête de divinité masculine à double face“ (connu sous le nom de Janiforme) [v.p. 222] représente la double nature solaire et chtonienne de Zamolxis-Gebeleizis, ainsi qu'il résulte des fouilles et des études sur les sanctuaires de Sarmizegetusa (fig. 1/2).

— Le type «Jiblea pan-dace» (connu sous le nom de«Prundul Bârgăului, Năsăud») [v.p. 222] présente sur l'avers une tête de divinité masculine non couronnée de lauriers et sur le revers la divinité Bendis à cheval (fig. 1/3).

Ces trois types autochtones sont datables de la première moitié du IVe siècle av.n.è. et n'ont rien de commun avec les tétradrachmes de Philippe II. Les deux premiers ne présentent pas de succédanés; quant au type «Jiblea pan-dace», il continue son existence marquée de stylisation et d'influences parallèlement à la série d'imitation, jusqu'à la fin du monnayage géto-dace. Les succédanés de ce type se classent en cinq phases d'une stylisation progressive et deux phases «contaminées» (avec Thasos), qu'on peut suivre dans les trésors de Vârteju, Adânca, Petreşti-Dâmboviţa, Cojasca et Inoteşti.

Série d'imitation: imitations Philippe II [v.p. 223], imitations Alexandre le Grand [v.p. 223], imitations Philippe III, imitations Philippe-Alexandre etc. (fig. 1/4,5) .

La série d'influences se divise en deux groupes: a) groupe où prédomine le type de la série autochtone et son style de réalisation, tout en présentant une certaine influence celtique dans la conception artistique, ainsi que dans l'apparition de certains détails; b) groupe où prédomine le type de la série d'imitation, traité selon la manière des types autochtones avec tous les détails de style propres à l'art géto-dace. La première catégorie (a) comprend les types Vrancea, Crişeni [v.p. 224] et ceux affiliés, pour la phase de début des ateliers monétaires géto-daces (fig. 1/6), et le type Hunedoara, pour la dernière phase (fig. 1/6). La deuxième catégorie (b) comprend les monnaies géto-daces de la Moldavie centrale (fig. 1/8), ainsi que toutes les imitations, particulièrement celles de Philippe II, traitées selon la manière spécifique géto-dace (fig. 2/1).

Dans nos recherches nous n'avons pas fait état, pour le moment, du matériel monétaire de la zone-limite des confins daco-celtiques qui se place chronologiquement entre la fondation du royaume de Tylis et la fin du IIe siècle av.n.è. et s'étend géographiquement depuis la Mésie Supérieure, par la Norique et la Pannonie, jusqu'en Bohéme. L'importance des monnaies celtiques est incontestable, car leur étude exhaustive et approfondie peut nous conduire à déterminer l'influence dace dans la numismatique celte de la zone-limite. Un autre domaine qui n'a pas encore été abordé dans la numismatique autochtone dace est celui des relations pondérales en rapport avec les monnaies thraces; il est à faire aussi une étude parallèle de ce phénomène dans le monde celtique.

Au point de vue de la diffusion des types mentionnés ci-dessus, le type «Jiblea pan-dace», ainsi que l'indique sa dénomination, est répandu des deux côtés des Carpates, ayant en même temps des relations étroites avec les types Vrancea et Crişeni. Quant aux monnaies daces du centre de la Moldavie, on les trouve en très grand nombre en Transylvanie, fait qui atteste les rapports très étendus qui s'étaient établis à travers les défilés des Carpates avec cette partie du territoire habité par les Daces. Typologiquement, les monnaies de la série autochtone se relient par l'aspect du flan monétaire et par l'iconographie à un fonds commun thraco-macédonien, à un échange prolongé de biens matériels et de civilisation entre les territoires situés au nord et au sud du Danube.

La limite de l'influence macédonienne dans les émissions monétaires des Géto-Daces est marquée, d'une part, par l'existence des types de la série autochtone qui devancent chronologiquement la série d'imitation et, d'autre part, par l'existence de la série d'influences dans le cadre de laquelle les types macédoniens sont traités selon la manière propre à l'art géto-dace.

Les monnaies, en tant que monuments nombreux et complexes, en rapport avec la civilisation matérielle et spirituelle des ancêtre du peuple roumain, nous démontrent jusqu'à l'évidence, l'unité ethnique des tribus géto-daces, qui se reflète dans la conception d'un style unitaire et original.

Dans les pages qui suivent nous nous occuperons des trois types de la série autochtone, ainsi que des problèmes reliés à leur apparition et à leur datation — l'état économique de la Dacie préromaine et la provenance de l'argent dace —, afin de reconstituer le plus fidèlement possible le contexte historique qui a provoqué l'apparition d'une série monétaire dace originale dans la première moitié du IVe siècle av.n.è.

Ces monnaies méritent d'être considérées comme des monuments d'importance primordiale pour le complètement de nos informations sur la religion des Géto-Daces, aussi bien que des oeuvres d'art dignes d'attention, dont la connaissance enrichit considérablement, par ses données encore inutilisées, la synthèse de la civilisation spirituelle des Daces.

Dans les collections du Cabinet Numismatique est entré entre 1955–1957 un trésor comptant 294 monnaies daces, enregistré sous les nos. d'inventaire 1139, 1145/1955 et 1321/1957. Ce trésor a été découvert par des habitants de la commune de Jiblea-Călimăneşti sur la colline Dealul sub Vii, à l'occasion du sarclage du maïs au lieu dit Vârful Brănii. Les recherches faites sur les lieux en 1960 par Octavian Iliescu ont établi l'emplacement exact, ainsi que les circonstances de la découverte: les cultivateurs avaient frappé de leurs bêches un tas de monnaies, enfouies à faible profondeur, qui — selon toute vraisemblance — n'avaient pas été déposées dans un vase, vu qu'aucun fragment de céramique n'a été récupéré. Ce trésor, important par le nombre des pièces, présente un intérêt particulier du point de vue des types monétaires qui le composentinfo.

I. Le type Jiblea pan-dace. a) Av. Tête de divinité masculine non couronnée, à droite. Le nez du profil est droit. Rv. La divinité Bendis à cheval, tournée à gauche, la main gauche levée, tenant une branche de sapin. L'avers et le revers sont en haut-relief. — 13 piècesinfo. Pink 296–299 (fig. 2/2a, 2b).

b) Av. et Rv. Comme ci-dessus. Le nez est légèrement recourbé, le relief de la figure, peu élevé; quant aux détails des cheveux et de la barbe, ils sont un peu effacés. — 22 piècesinfo. Dess. 425-428 (fig. 3/1).

II. Av. Tête de Zeus couronnée à dr. Rv. Cavalier avec causia à dr. En arrière, symbole: oiseau; devant le cheval, rosette formée d'un globule central entouré de 8 petits globules — 5 piècesinfo. Pink no 336 (fig. 3/2).

III. Av. Tête de Zeus couronnée à dr. Rv. Cavalier au trot à dr.; sous le cheval, symbole: tête d'homme à droite. — 3 piècesinfo. Pink no 89 (fig. 3/3).

IV. Av. Tête de Zeus couronnée, à gauche. Rv. Cavalier au trot à dr. Derrière le cavalier, symbole π, devant le cheval Κ, et sous le cheval π/π. — 2 piècesinfo (fig. 3/4).

V. Av. Tête de Zeus couronnée, à dr. Rv. Cavalier au trot à dr., tenant une palme à la main. Derrière le cavalier, le symbole π. — 13 piècesinfo (fig. 3/5).

VI. Av. Tête de Zeus couronnée à dr. Le relief est estompé et quelquefois peu élevé. Rv. Cavalier au trot à dr. On remarque la boursouflure entre les pieds de devant du cheval. D'après l'orientation des coins de l'avers et du revers, nous avons classé les monnaies de ce type en cinq groupes: a) Tête de Zeus — enflure, b) Tête de Zeus — espace libre entre les pieds du cheval, c) Tête de Zeus — tête du cavalier, d) Tête de Zeus — tête de cheval, e) Tête de Zeus — queue du cheval. Il existe néanmoins de légères variations autour de chacune de ces combinaisons. Le type compte au total 236 piècesinfo. Pink no 77 (fig. 3/6).

Vu le grand nombre de monnaies (236 pièces) d'un type plus rare (Pink no 77), découvertes pour la première fois en un lot massif, le trésor en question a fait l'objet d'une attention particulière de la part des numismates. En ce qui concerne la technologie monétaire, Iudita Winkler a émis l'hypothèse que les 236 pièces ont été couléesinfo, — hypothèse basée sur l'analyse métallographique effectuée sur des pièces du trésor. Malheureusement, pour de multiples raisons démontrées par J. Condamin et M. Piconinfo, l'analyse métallographique n'a pas conduit à une conclusion valable, en mesure de certifier le procédé de fabrication de ce genre de pièces.

Ainsi, l'observation minutieuse de l'aspect extérieur reste-t-elle le seul moyen d'investigation, celui qui nous a déterminé à croire que ces monnaies avaient été frappéesinfo. Quant aux autres 58 pièces, réparties dans les catégories spécifiées ci-dessus, le relief nettement accusé de la frappe est d'une évidence qui nous dispense d'autres arguments.

La proportion chimique de l'argent des pièces de types différents qui composent ce trésorinfo est variable, fait commun à tous les dépôts monétaires daces de la bonne époque et qui trouve son explication dans le caractère particulier de ces émissions, lesquelles n'étaient pas contrôlées par une autorité préposée à la vérification du titre. D'autre part, le trésor n'a pas l'aspect unitaire de la plupart des trésors daces. Les monnaies des types III, IV et V sont géto-daces et assez répandues dans la plaine valaque. Celles du type II sont plus fréquentes en Transylvanie et, par ce fait même, on suppose qu'elles ont été emises dans la zone limite daco-celte; leur trait caractéristique est le mode identique d'exécution de la barbe et de la couronne. Ce caractère hybride ressort d'ailleurs de leur nombre réduit dans le trésor (5 pièces), car les types prépondérants sont le premier, avec 35 pièces, et le sixième, avec 236 pièces. La présence en si grand nombre de ce dernier type dans la découverte de Jiblea, ainsi que son aspect singularisé dans la grande masse des monnaies géto-daces et le nombre restreint des quelques exemplaires connus dans la littérature de spécialité, nous portent à croire que sa frappe a été effectuée dans un atelier de la région même de sa découverte. Cette région occupe une position stratégique pour la surveillance du défilé de l'Olt, vers la Transylvanie, et présente une économie complexe et autarcique, réalisée par la culture du blé, de la vigne, des arbres fruitiers, des légumes, des plantes textiles, ainsi que par l'exploitation des vastes forêts situées aux alentours. Les nombreuses collines, aux pentes propices tournées vers le sud, sont abritées des vents froids du nord par la chaîne des Carpates et des autres côtés par des collines élevées, qui forment une espèce de cuve au fond de laquelle coule l'Olt, favorisant l'existence de champs assez étendus et fertiles. Mais si le type VI et les types antérieurs, plus ou moins nombreux dans le trésor, s'intègrent dans la série des imitations géto-daces des monnaies de Philippe II, le type I, que nous avons nommé «Jiblea pan-dace», soulève d'importants problèmes d'interprétation et de datation.

Constantin Moisilinfo a, le premier, attiré l'attention sur l'absence de la couronne de lauriers sur la tête de Zeus (car c'est ainsi qu'il appelait cette divinité) frappée sur l'avers en un très beau haut-relief, qui caractérise les monnaies des trésors de Prundul Bârgăului et du département de Bacău. Le même chercheur observait la découverte de «pièces isolées dans les différentes régions de Transylvanie, dans le département d'Arad et même en Valachie»info . En 1948 Octavian Iliescu signale un nouveau trésorinfo, trouvé probablement dans la région de Dorohoi, composé de 23 pièces, du type «Jiblea pan-dace». Un autre trésor, composé de 12 pièces, découvert à Pănceşti, dans le département de Bacău, se trouve dans une collection privée de Bucarestinfo. Le Cabinet Numismatique de l'Académie conserve les moulages de cinq piècesinfo, notées comme provenant de différents points de la plaine valaque; au Musée National de Budapest se trouvent également quelques pièces attribuées à la Transylvanie. Ceci constitue presque la totalité du matériel représentant au fin de compte le type «Jiblea pan-dace».Quant au nom donné à ce type par Octavian Iliescu, il se réfère à sa circulation sur l'ensemble du vaste territoire habité par les Daces, en Moldavie, en Transylvanie et au sud des Carpates.

Après la découverte du trésor de Jiblea-Călimăneşti, où il est représenté par 35 pièces, on suppose que ce genre de monnaies a été frappé dans la zone sous-carpatique, tant en Transylvanie qu'en Valachie.

L'absence de la couronne de lauriers sur la tête de la divinité masculine figurant sur l'avers n'est pas la seule raison qui nous conduise à supposer qu'il ne s'agit pas de l'imitation du Zeus des monnaies macédoniennes (fig. 2/2 a). L'aspect général du profil, le traitement des cheveux et de la barbe, de même que la manière correcte et réaliste de concevoir la figure humaine, dépourvue de toute tendance à l'idéalisation ou à l'abstraction, constituent autant d'arguments à l'appui de notre conviction. La barbe est représentée par trois faisceaux superposés, elle est arrondie vers la pointe et ses boucles sont en forme d'U— détail caractéristique pour la majorité des portraits masculins représentés sur les monnaies daces. La chevelure est peignée sur la nuque avec les mêmes boucles aux bouts roulés vers l'intérieur, à la manière de la coiffure des Dacescomati. Le haut-relief du revers, d'une remarquable plasticité, obtenue par les jeux d'ombre et de lumière des plans, possède la précision d'un document ethnographique: le profil, au nez droit (qui n'est pas un nez grec) ou légèrement recourbé, ressemble souvent jusqu'à l'identité aux figures des Daces de la Colonne Trajane. Ainsi donc, en ce qui concerne l'avers, les monnaies du type en discussion n'ont rien de commun avec les tetradrachmes de Philippe II et, chronologiquement, elles se situent avant que celles-ci n'aient commencé à être imitées par les populations habitant au nord du monde hellénique.

Les données fournies par l'étude du revers sont révélatrices pour notre interprétation. Il convient de souligner tout d'abord le fait que la figuration d'un cheval ou d'un cavalier ne certifie pas nécessairement l'inspiration ou l'imitation d'un modèle grec. La présence du cheval dans la vie quotidienne, tout comme sa représentation dans l'iconographie artistique des Thraco-Gètesinfo, est un fait bien connu, qui justifie pleinement sa présence sur les monnaies des tribus géto-daces habitant le territoire de la Roumanie.

Le revers du type «Jiblea pan-dace» représente une divinité féminine à cheval, au trot vers la gauche, tenant de la main gauche levée une branche de sapin (fig. 2/2 b). Vue de profil, sa figure est allongée, pourvue d'une abondante chevelure retombant sur les épaules et ondulée vers l'extérieur. Pendant des dizaines d'années on a persisté à voir sur le revers des monnaies daces le même cavalier macédonien, plus ou moins «stylisé». Or, dans ce cas il s'agit certainement d'une divinité féminine du panthéon géto-dace, pour les raisons suivantes:

a) Sur tous les exemplaires connus, le graveur du coin monétaire a fortement accusé le relief des seins, qui, justement pour être bien mis en évidence et pour identifier la représentation, sont dessinés de face sur un buste tourné à gauche, en discordance avec la tête et la partie inférieure du corps, exposées de profil (fig.4).

b) La tête allongée est non seulement imberbe, mais elle possède des traits féminins, reproduits avec insistance malgré l'effort imposé par le caractère miniatural de l'exécution. La coiffure, présentant des difficultés de réalisation insurmontables vu ses dimensions réduites, est représentée par deux lignes suffisamment accusées pour suggérer l'abondance de la chevelure: elle est, elle aussi, ondulée vers l'extérieur, comme pour marquer une fois de plus le caractère féminin de la figure (les boucles sur la tête de la divinité masculine, sur l'avers, sont roulées vers l'intérieur).

c) Dans l'idée préconçue de voir la même représentation du cavalier macédonien gravée sur tous les revers des monnaies géto-daces, le rameau tenu par la divinité féminine dont nous nous occupons a été décrit comme une palme! L'idée de l'imitation des monnaies grecques était tellement ancrée dans les esprits qu'on n'a même pas analysé les monnaies géto-daces d'une manière critique, arrivant ainsi à nier l'évidence. Dans le cadre des recherches du Cabinet Numismatique, Octavian Iliescu a identifié le rameau tenu par la déesse: c'est une branche de sapin, image destinée à conférer à tout l'ensemble un sens iconographique, mythologique et ethnographique unitaire.

La divinité féminine représentée à cheval sur le revers des monnaies du type «Jiblea pan-dace» est Bendis, mentionnée par Hérodote dans le panthéon géto-thraceinfo, comparable à Artémis ou à Diane dans celui gréco-romain. Son culte a été attesté du point de vue archéologique dans les habitats géto-daces de Transylvanieinfo et aussi en Valachie, comme nous le verrons par ailleurs. Dans les fortifications daces de Piatra-Roşie (Transylvanie) on a découvert un buste en bronzeinfo, réalisation d'un artiste indigène, qui représente la divinité Bendis aux seins très proéminents (fig. 3/7) — détail judicieusement relevé par Hadrian Daicoviciu — tenant la main gauche levée; la paume ainsi que le bras droit manquent. L'attitude de la divinité est identique à celle des monnaies du type «Jiblea pan-dace». Le buste mentionné n'est pas la seule image connue de la déesse Bendis. On a découvert à Sarmizegetusa un médaillon en terre cuite, représentant le buste de Diane avec le carquois sur l'epauleinfo , produit d'un artiste local (fig. 9/1). A la faveur de cette identification, nous pouvons nous rendre compte que les représentations de la déesse, aussi bien anciennes que plus récentes, sont nombreuses dans l'iconographie géto-dace. Prenant comme point de départ les plus anciennes, rappelons sa figure sur l'avers du type Amphipolis-Larissainfo23, actuellement dénommé par nous type Bendis. Ce fait souligne l'idée de la continuité iconographique dans le monnayage géto-dace, dans le sens que le type Jiblea n'est pas un produit spontané, mais qu'il continue des types historiquement apparentés.

Semblable à la coiffure de la déesse Bendis sur le type Bendis nous apparaît la disposition des cheveux, en nattes tressées, de la même divinité dace sur un fragment de céramique, imitation d'une coupe délienne, découvert par Alexandru Vulpe (fig. 5, 6/1) au site de Popeştiinfo. L'auteur de la découverte souligne l'accentuation du relief des seins; nous tenons à signaler à notre tour que les bras pliés à partir du coude ne se terminent pas par des «doigts écartés» mais, ainsi que le dessin l'indique clairement, par deux branches de sapin. D'ailleurs, le motif décoratif du sapin qui, dans le cas de la divinité, possède une valeur de culte, apparaît assez souvent dans l'art figuratif dace de la région des collines. Rappelons, ainsi, sa présence sur le décor des coupes du type délieninfo (fig. 6/2), sur un clou en fer du sanctuaire de Sarmizegetusainfo (fig. 7/1), ainsi que sa persistance dans l'ornement populaire roumain. Aussi, retrouvons-nous la figure de Bendis dans l'art des orfèvres géto-daces: le trésor de Coada Maluluiinfo(fig. 7/2), le trésor de Galitsche (Bulgarie)info (fig. 8/1), la fibule de Transylvanieinfo (fig. 8/2), le trésor de Bălăneştiinfo, le fourreau de poignard de Popeştiinfo (sur lequel apparaît la coiffure aux boucles sur le front, telle qu'elle est représentée sur les monnaies du type Bendis, ou sur le fragment de céramique de Popeşti)info. Les exemples mentionnés constituent une documentation incontestable relative à l'iconographie de cette déesse dace.

Sur les phalères de Herăstrău [v.p. 29] et, mieux encore, sur les fibules de Coada Malului on remarque les éléments composants de la physionomie caractéristique du sexe: étroitesse du visage vers sa base, abondance des cheveux coiffés en deux grosses nattes rejetées latéralement, joues et yeux féminins. Autour de ces figures il y a un décor linéaire incisé en branche de sapin.

Une observation d'ordre général, que nous considérons nécessaire de présenter aux spécialistes, est le problème de la datation des ornements d'orfèvrerie dace.

Les chercheurs, tant roumains qu'étrangers, attribuent ces réalisations artistiques et techniques à l'art autochtone géto-dace, allant même jusqu'à affirmer que le vase de Gundestrup [Studia III p. 218] est, lui aussi, un produit de l'imagerie et des maîtres orfèvres géto-dacesinfo. Ils datent du Ier siècle av.n.è. l'apparition et l'efflorescence de cet art autochtone, l'expliquant par l'expansion politique des Daces sous Burebista. Mais un essor aussi brusque d'un art original dont la vigueur est évidente serait-il possible? Aurait-il pu se dispenser d'une longue période de formation — sinon de manifestation — de nature à lui constituer une tradition? Cette absence de tradition plaiderait logiquement contre le caractère original de cet art, qui est absolument évident pour tout chercheur qui s'occupe de ces monuments. Une nouvelle étude de la chronologie des objets en argent géto-daces nous semble donc s'imposer, d'autant plus que, tout comme pour monnaies — monuments complexes de l'art et de la religion daces — leur histoire est bien plus étendue et plus riche qu'il ne paraît.

Au point de vue de la tradition et de la filiation, nous devons prendre aussi en considération l'apparition du type «Jiblea pan-dace», ainsi que la place qu'il occupe dans l'ensemble des émissions géto-daces. Or, il résulte du caractère original tant de l'avers que du revers que ces monnaies ont été frappées peu de temps avant que leurs émetteurs aient pu connaître les tétradrachmes de Philippe II, c'est-à-dire vers le milieu du IVe siècle av.n.è.

Un autre argument à l'appui de la date que nous proposons est l'existence d'un succédané transylvain de ce type, dont nous parlerons plus loin. Tant du point de vue de l'art que de la chronologie, le type «Jiblea pan-dace» fait suite au type janiformeinfo, dénommé par noustête de divinité à double face (fig. 1/2), qui représente la double nature solaire-chtonienne de Zamolxis-Gebeleizis; sur le revers figure le cavalier thrace coiffé du casque à ornière, qui pourrait tout aussi bien être la divinité guerrière des Daces, mentionnée par Jordanesinfoet figurant également sur le revers du type Bendis.

Le trésor le plus important formé par ce genre de monnaies est celui de Bivolari-Oltinfo. En dehors de l'iconographie décrite, le revers contient une série de symboles qui, systématisés du simple au composé, nous ont déterminé à classer ces monnaies en 7 groupes: I. Rosette globulée simple; II. Rosette à globule central; III. Rosette simple et branche de sapin; IV. Rosette double et branche de sapin; V. Rosette à globule central et calice de fleur; VI. Rosette à globule central, branche de sapin et calice de fleur; VII. Rosette à globule central, branche de sapin et calice de fleur globulé.

Soulignons, parmi les symboles, la branche de sapin et le calice de fleur que nous rencontrons sur le décor des vases daces peintsinfo.

Les détails iconographiques et artistiques indiquent la filiation proposée et démontrée par deux monnaies publiées par Dessewffy (nos815 et 816) et une par Pink (n° 295). La première (n° 815, fig. 8/3) porte sur l'avers la tête du type «Jiblea pan-dace», dont la partie postérieure est très développée et pourvue d'une chevelure abondante qui occupe toute la surface du flan monétaire. Le visage est petit. Le cou est celui du type de la tête à double face. Le tout est entouré d'un cercle perlé, caractéristique pour les monnaies mentionnées, mais qui n'apparaît jamais sur le type «Jiblea pan-dace».

La monnaie de Pink (no 295, fig. 8/4) marque une phase intermédiaire entre Dessewffy 815 et Dessewffy 816. Sur l'avers, la tête, conçue toujours sur les dimensions de celle à double face, a le cou plus épais que dans le type Jiblea, tandis que sur le revers, le cheval, de la même facture que celui du type à double face, est orienté vers la droite, alors que la tête de l'animal est représentée pareillement au type Jiblea. De même, quant à l'aspect général du flan, l'avers de la monnaie de Pink est celui du type Jiblea, le cercle perlé de Dessewffy n° 815 en moins. La monnaie de type Jiblea, Dessewffy n° 816 (fig. 8/5), présente sur le revers un cheval très ressemblant au cheval orienté à droite des monnaies à tête à double face: la proportion des volumes et de la longueur des jambes par rapport à la masse du corps sont conservées. De plus, la tête du cheval du type Jiblea est tracée en lignes plus droites, comme celle du type à double face. Ce contour spécifique pour la tête du cheval se maintient sur tous les revers des trois phases évolutives et des deux phases contaminées du type Jiblea, jusqu'à la fin de l'activité des ateliers monétaires géto-daces — phases que l'on peut suivre à travers les trésors deVârteju, Adânca, Petreşti-Dâmboviţa, Ilfov, Cojeasca et Inoteşti.

En ce qui concerne le succédané transylvaininfo(fig. 8/6) du type Jiblea, nous considérons qu'il représente un argument en faveur de la datation vers le milieu du IVe siècle av.n.è. du prototype en discussion. Cette opinion est fondée sur le fait que ces monnaies, frappées sur un flan plus grand que celui du type «Jiblea pan-dace», accusent sur l'avers une influence celtique, visible dans la manière de représenter la chevelure, dont les tresses offrent au graveur monétaire l'occasion d'exécuter des volutes un peu partout; or, justement ces volutes, en tant que partie constitutive de la représentation de l'effigie, sont caractéristiques pour l'art celtique. Au revers, la déesse Bendis n'est plus conçue comme une divinité propre au panthéon géto-dace, mais, tout comme les imitations celtiques des monnaies de Philippe II, elle est supplantée par le cavalier stéréotype. Les seins disparaissent; la chevelure, tout en restant ondulée vers l'extérieur, est interprétée comme la crinière du casque.

Ainsi, les monnaies qui constituent le succédané du type Jiblea en Transylvanie subissent l'influence des monnaies celtiques qui imitent le type Philippe II, monnaies qui ont dû être frappées vers le commencement du IIIe siècle av.n.è. Par conséquent, les émissions du prototype «Jiblea pan-dace» ont dû apparaître de l'autre côtè des Carpates dans la première moitié du IVe siècle.

La région où ces monnaies ont été frappées comprend, à notre avis, la zone sous-carpatique de Transylvanie et de Valachie, car on y a trouvé de nombreux fragments de céramique sur lesquels figure le motif de la branche de sapininfo.

Les Daces des collines imaginaient la déesse Bendis tenant à la main une branche de sapin, telle qu'elle figure sur les monnaies du type Jiblea.

Si la chronologie absolue du type en discussion est encore loin d'être établie et argumentée d'une manière définitive, nous avons essayé néanmoins de mettre en évidence le caractère dace original de cette émission, ainsi que la place qu'elle occupe dans la série monétaire autochtone.

Lors de l'exposition partielle du matériel réuni dans ces pages, à l'occasion de différentes communications faites en Roumanie ou à l'étrangerinfo, on a objecté que, quoique l'existence des trois types monétaires autochtones fût prouvée, leur datation dans la première moitié du IVe siècle av.n.è. n'était fondée sur aucune évidence archéologique. Il est vrai que notre thèse est encore dépourvue d'arguments archéologiques, car on n'a pas effectué de fouilles dans les établissements daces de la zone sous-carpatique, zone où l'on a trouvé des trésors formés par ces types monétaires. Nous soutenons pourtant que, du point de vue archéologique aussi, notre datation est justifiée par un argument a contrario: aucune des fouilles effectuées dans des établissements daces (postérieurs au IVe siècle) n'a mis au jour de monnaies de cette espèce (type Bendis, tête de divinité à double visage, «Jiblea pan-dace»). D'autre part, il existe, outre les critères archéologiques — qui, en tant que contextes matériels, sont aussi hasardeux — d'autres moyens de dater une monnaie, tels, par exemple, que les données stylistiques (là aussi, la monnaie dace présente des séries complètes d'évolution typologique), que nous avons utilisées avec succès pour l'identification iconographique, ainsi que pour celle de la filiation des types; nous avons obtenu des résultats précis et satisfaisants, qui peuvent être utilisés aussi pour l'établissement d'une chronologie absolue, étant donné qu'il est certain que les émissions de monnaies daces ont pris fin au début du Ier siècle av.n.è. En reculant dans le temps, nous trouvons encore des repères chronologiques dans la composition des trésors, où les succédanés du type «Jiblea pan-dace» ou ses contaminés sont associés à des monnaies de la série d'imitation, telles que les imitations d'Alexandre III, Philippe III ou Alexandre-Philippe. Du reste, dans la seconde partie de l'étude en cours de parution, nous nous occuperons des émissions géto-daces, jusqu'à leur fin; ce sont des monnaies qui appartiennent aux séries d'influences et d'imitation et qui nous permettent de présenter l'ensemble du tableau des concordances chronologiques.

Un argument numismatique qui nous semble digne d'attention, à l'appui de la datation proposée pour les types autochtones, est le caractère anépigraphe qui s'ajoute à l'originalité de leur iconographie. Ce caractère fait partie intégrante de la conception du flan monétaire et se maintient jusqu'aux dernières phases du type «Jiblea pan-dace», à l'exception de la contaminée d'Inoteşti. Comparées à la série d'imitation et à celle d'influences (catégorie b), qui portent la légende des prototypes imités rendue d'une manière plus ou moins correcte et complète, les monnaies originales peuvent être datées antérieurement de par leur caractère anépigraphe lui-même.

Les phases successives de stylisation de l'avers des monnaies de type «Jiblea pan-dace» sont présentées par Pink dans la filiation entre les nos 300–303. Le cheval, de même facture que le prototype, se maintient constamment sur le revers; les trois points qui marquent le corps de la déesse Bendis à cheval sont indiqués au-dessus. Nous rencontrons ces succédanés stylistiques et chronologiques du type «Jiblea pan-dace» dans les découvertes monétaires de la plaine valaque, en même temps que d'autre pièces moins communes, au même revers, que nous avons dénommées «contaminées» (pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons) et qui, par une évolution stylistique propre, engendrent à leur tour des sous-types monétaires très répandus au sud des Carpates, dans la dernière phase du monnayage dace. À l'encontre des monnaies des trois types autochtones qui sont des tétradrachmes, tous les succédanés directs ou contaminés du type «Jiblea pan-dace» sont des didrachmes.

Des monnaies didrachmes apparaissent dans certaines collectionsinfoen pièces isolées, ou en groupe de pièces dans l'ensemble d'un trésor; elles ont sur l'avers une tête imberbe tournée à droite, au cou long et à la pomme d'Adam fortement marquée, avec une coiffure dont la base est imprécise, mais qui semble évidemment serrée en un point ou sur une ligne vers le sommet de la tête. Deux boucles de cheveux se détachent du lien: l'une se dirige de la nuque vers l'œil, l'autre vers l'origine du maxillaire. L'œil est indiqué par un point qui en représente le globe, l'arcade est dessinée par une ligne courbe fermée qui donne au tout une impression de frontalité. La bouche est marquée par deux lignes courtes, parallèles, le menton est proéminent et pointu. Le haut relief de la joue, contrastant avec le champ de la monnaie, donne l'impression d'un «sourire» semblable à celui des statues archaïques et qui n'est que le résultat de la conception plane dans la représentation du volume, caractéristique pour le graveur monétaire géto-dace. La monnaie, absente chez Forrer, Dessewffy et Pink, est décrite et reproduite par le Dr. A. Metzulescu dans Arta şi Archeologia (voir note 41), qui propose d'identifier la figure de l'avers avec le Dionysos des tétradrachmes de Thasos (fig. 9/2b) [v.p. 224]. Le problème posé par ces monnaies ne tient pas autant au fait qu'elles sont inédites et rares; leur importance consiste dans leur juste encadrement dans l'ensemble de l'iconographie monétaire géto-dace et, par conséquent, les conclusions qu'on peut tirer de la filiation des types et de leur chronologie relative peuvent éclairer d'un jour nouveau les dernières émissions monétaires daces.

La succession stylistique proposée par Pink (nos 300–306) présente une lacune, car entre les nos 300 et 303 d'une part et 304–305 de l'autre il existe une différence stylistique essentielle, qui ne consiste pas en un degré plus avancé de stylisation, mais dans le remplacement du type stylisé. Même si Pink avait connu la monnaie publiée par Metzulescu, il n'aurait pu expliquer la succession des stylisations par la stylisation d'un même type que s'il avait essayé de démontrer que le type imberbe est une variante du type barbu (car il existe un type «Jiblea pan-dace» de la dernière phase, Pink 302, sans menton, mais non sans barbe). Ainsi, cette lacune stylistique est-elle un fait remarquable dans la série des succédanés du type «Jiblea pan-dace» qui, complété par notre identification, explique le changement essentiel des stylisations ultérieures par le remplacement du sujet imité et stylisé. Car il n'y a pas de doute que, dans le cas de la monnaie publiée par Metzulescu, il s'agit du Dionysos des tétradrachmes de Thasos. Les caractéristiques susmentionnées de l'effigie sont des arguments à l'appui de cette interprétation: le menton proéminent et pointu, la ligne droite des cheveux du front et du nez, le front de Dionysos traité en taenia, le cou long et la pomme d'Adam incroyablement accentuée. Notre interprétation s'appuie aussi sur un trait stylistique général de l'effigie monétaire: tandis que la tête de la divinité masculine à barbe des monnaies «Jiblea pan-dace» de la dernière phase s'inscrit sur le flan monétaire dans la circonférence d'un cercle, la tête imberbe des didrachmes daces en question est inscrite dans un rectangle, exactement comme la tête de Dionysos de Thasos. Nous avions d'abord dénommé ce type «contaminé», en nous référant au changement survenu sur l'avers, tandis que le revers demeurait le même tout au long de la série des monnaies. Cependant, l'étude minutieuse d'un grand nombre d'exemplaires «Jiblea pan-dace» de la dernière phase conservés dans divers trésors — et surtout dans le trésor d'Ilfov de la collection Severeanu (Musée de la ville de Bucarest) — en comparaison des exemplaires contaminés, nous a permis de constater que cette contamination ne consiste pas seulement dans le remplacement de la figure de l'avers, mais que c'est un processus qui se produit graduellement par de petites modifications intervenant même dans les dernières expressions de l'avers du type «Jiblea pan-dace». II s'agit des lignes verticales sur le front. Elles apparaissent sur quatre exemplaires du type «Jiblea pan-dace» du trésor d'Ilfov, contre trois exemplaires contaminés existant dans ce trésor. Pink décrit lui aussi deux pièces qui présentent ce phénomène (302–303). Ainsi, l'influence du type Dionysos de Thasos s'exprime par la main des graveurs monétaires daces dans de petits détails qui cherchent à transfigurer la tête de divinité masculine à barbe en image imberbe de Dionysos. Nous nous trouvons dans ce cas devant un phénomène subtil de dialectique de l'iconographie monétaire: des accumulations quantitatives par menus détails du type Dionysos, préfigurés sur le type «Jiblea pan-dace» de la dernière phase, et le saut qualitatif au type Dionysos sur les didrachmes daces mentionés. Dialectiquement parlant, nous pouvons expliquer aussi la rareté de ces monnaies, qui marquent justement le moment du saut qualitatif. Les caractères du type Dionysos-Thasos peuvent être suivis dans toute la série des stylisations qui découlent du type contaminé. On peut faire aussi certaines constatations intéressantes sur la fréquence du type contaminé, dans les deux trésors de la collection Severeanu. Il s'agit du trésor d'Ilfov (84 didrachmes et 72 drachmes) et du trésor de Petreşti-Dâmboviţa (146 didrachmes). Dans le trésor d'Ilfov il y a 45 exemplaires du type «Jiblea pan-dace» de la dernière phase et trois exemplaires contaminés, par rapport à 36 exemplaires aux stylisations ultérieures du type contaminé. Parmi les 45 exemplaires du type «Jiblea pan-dace», des détails du type Dionysos (lignes verticales sur le front) sont préfigurés sur 4 exemplaires. Dans le trésor de Petreşti-Dâmboviţa, où abondent les stylisations ultérieures du type contaminé, soit 128 didrachmes, il n'existe que trois exemplaires pan-daces de la dernière phase (sans influences du type Dionysos) et 5 exemplaires du type contaminé. Nous constatons donc que dans les deux trésors qui marquent les phases d'expansion du type contaminé et de ses schématisations ultérieures (Ilfov: phase du début; Petreşti-Dâmboviţa: la phase finale), le prototype contaminé est numériquement réduit, ce qui ne peut être l'effet du hasard, car il représente justement le moment où s'est produit le saut qualitatif et il est ainsi commun à l'économie des deux trésors. On ne saurait dire que la position du type contaminé soit faible: elle s'affermit pourtant au cours des stylisations suivantes, qui réunissent de plus en plus sur leur avers les caractéristiques de Thasos. Dans la filiation stylistique du type contaminé, nous rangeons donc à la suite du prototype les monnaies dont l'avers comprend, schématisée en lignes droites, en courbes et en pointes, la tête de l'avers du prototype. La boucle de cheveux qui couvre l'oreille de Dionysos est figurée par une ligne courbe fermée qui va jusqu'au coin de l'œil, représenté de front par un globule à l'intérieur d'un cercle en relief, Pink no 305 (fig. 9/3). Le nez se termine par un globule; la bouche et le menton sont figurés, eux aussi, par trois globules. Le cou long est marqué par trois lignes courtes superposées et presque parallèles. La boucle, détachée du reste des cheveux, qui provient de la taenia de Dionysos, est aussi présente. Sur la plupart des monnaies de ce sous-type, les lignes verticales des cheveux sur le front manquent. En échange, le front est conçu comme une taenia, exactement comme sur l'image de Dionysos. Les monnaies ainsi décrites, de même que celles qui appartiennent à la phase suivante, où le cercle autour des yeux et le cou figuré par des lignes ont disparu, tandis que la touffe de cheveux dressés verticalement au-dessus du front vers le sommet de la tête augmente, Pink 304 (fig. 9/4), sont connues sous la dénomination du type „Vîrtejul“info [v.p. 28]. Ces deux sous-types du prototype contaminé, celui à l'œil en globule et cercle et celui à globule simple, sont attestés aussi par la découverte d'Adîncainfo, où ils ont été trouvés à côté des imitations de Thasos.

Au IVe Congrès de Numismatique et d'Archéologie de Cluj, Florica Moisil a présenté Un nouveau type de monnaie dace: il s'agissait des 22 exemplaires du prototype contaminé du trésor de Cojeasca-Dâmboviţa, composé en outre de 60 tétradrachmes Macedonia Prima, de 29 tétradrachmes Thasos et d'un exemplaire

«Jiblea pan-dace» de la dernière phaseinfo. Le trésor de Cojeasca-Dâmboviţa est ainsi le seul lot où les monnaies du prototype contaminé se trouvent en plus grand nombre, sans pourtant être accompagnées des sous-types stylistiques ultérieurs. Quoique tel, l'importance du trésor de Cojeasca, encore inédit, est très grande. La présence des 60 tétradrachmes Macedonia Prima et de 29 tétradrachmes Thasos qui font partie des premières émissions, et surtout le grand nombre de monnaies de la province de Macédoine, datent le trésor à la fin du IIe siècle av.n.è. Nous pouvons donc à bon droit supposer que cette datation est valable aussi pour nos pièces du type contaminé. C'est vers les mêmes conclusions sur la chronologie absolue et relative que nous conduisent les données du trésor d'Ilfov (collection Severeanu); on y relève trois exemplaires du prototype contaminé, auxquels s'ajoutent 45 exemplaires du type «Jiblea pan-dace» de la dernière phase, 8 exemplaires du type contaminé à l'œil en globule et cercle et 28 exemplaires à l'œil marqué par un globule simple. La proportion des monnaies des deux phases ultérieures du type contaminé situe le trésor, chronologiquement, immédiatement après le trésor de Cojeasca. En dehors des 5 exemplaires du prototype contaminé, le trésor de Petreşti-Dâmboviţa est composé de 83 exemplaires du sous-type contaminé à l'œil marqué par un globule simple, de 45 exemplaires à l'œil en globule et cercle et de 3 exemplaires seulement du type «Jiblea pan-dace» de la dernière phase. Le trésor de Petreşti-Dâmboviţa est donc, chronologiquement, postérieur à celui d'Ilfov.

En étudiant les découvertes monétaires dont nous avons disposé, nous avons constaté que le type contaminé et ses phases ultérieures s'inscrivent dans l'aire géographique du centre de la Valachie. En conclusion, il convient de mentionner un détail concernant l'économie de l'espace du flan qui trahit par son avers l'appartenance au type iconographique de Thasos. La tête du prototype contaminé est encadrée dans un rectangle dont la petite base est tournée vers le bas: elle conserve sur le didrachme dace les mêmes proportions générales de la figure et du champ environnant que celles du tétradrachme émis à Thasos. La réduction effectuée par l'artiste monétaire dace, qui a affecté tout le flan de l'avers du tétradrachme de Thasos, représente encore un argument stylistique à l'appui de la position que nous avons adoptée quant à la source de la contamination.

La phase ultérieure, qui rassemble en grand nombre les caractéristiques de Dionysos de Thasos, complétant le sens de «contamination» de l'ensemble du type monétaire dont nous nous occupons, est celle des monnaies du trésor d'Inoteşti (département de Prahova), trésor qui se trouve dans la collection Severeanu du Musée de la ville de Bucarestinfo (fig. 9/5). Sur l'avers, la stylisation et la ressemblance du type contaminé avec celui de Thasos sont poussées au maximum; c'est pourquoi nous l'avons dénommé «dernière phase Inoteşti du type contaminé». Dans les notes du Dr. Severeanu nous lisons que l'on a découvert en 1912, dans une vigne, un trésor important constitué par des monnaies en argent inférieur, dont une partie est entrée dans sa collection (33 pièces) et une autre, beaucoup plus considérable, a été dispersée. La monnaie est connue par Pink et enregistrée sous le no 306; elle porte sur l'avers une tête schématisée à droite, ayant une rosette à 6 globules disposés en hexagone autour d'un globule central, et sur le revers un cheval au trot à gauche, avec divers monogrammes et symboles disposés dans le champ, le tout parfois entouré d'un cercle perlé. Les pièces sont des didrachmes dont le poids varie entre 5,90 et 6,65 g. Sur l'avers, la schématisation de la tête de Dionysos du type contaminé est poussée au maximum. La figure humaine a perdu toute ressemblance avec la réalité; en échange elle garde une logique parfaite, ce qui évite l'irrationnel et l'abstrait vers lesquels tend l'art monétaire gaulois. Dans cette dernière phase du type contaminé, les caractéristiques propres à l'image de Dionysos apparaissent dans une prégnante synthèse: la taenia sur le front est considérée comme pars pro toto, les cheveux sont tracés en grosses lignes perpendiculaires sur la taenia, le chignon est rendu par une boucle prolongée jusqu'aux yeux; ces derniers sont des traits qui relient étroitement la phase Inoteşti aux deux phases ultérieures du type contaminé, simultanément présentes dans les trésors de Vârteju, Adânca, Petreşti-Dâmboviţa et d'Ilfov. Un trait supplémentaire qui apparaît dans la phase Inoteşti est la rosette thasienne déplacée vers l'arrière de la tête. Nous constatons donc que le phénomène de la contamination est en progrès continu. La caractéristique iconographique essentielle du profil sur l'avers des monnaies d'Inoteşti est l'angle de deux lignes principales, épaisses et mises en relief à dessein; la ligne de la taenia, qui figure sur le front, et la ligne du nez, qui est interprétée comme extrémité rectiligne du profil et comme synthèse de la conception linéaire de celui-ci, tant sur les tétradrachmes originales de Thasos que sur leurs imitations barbares. Notre constatation est confirmée par la disposition, presque parallèle à la ligne du profil, des 3 globules rangés l'un sous l'autre et marquant l'œil, la narine et la bouche. Nous affirmons que le processus de contamination est en continuel progrès et que, si dans les phases antérieures, il se limite à l'iconographie de l'avers, dans le trésor d'Inoteşti il s'étend au revers. Dès le début, nous constatons la disparition du cavalier. Ne fût-il marqué, dans les phases ultérieures du prototype contaminé, que par trois, deux ou même un seul point au-dessus du cheval, le cavalier y était quand même présent par l'application avec laquelle l'artiste monétaire gravait ses jambes sur le corps du cheval. Or, sur les monnaies que nous venons de décrire le cheval n'a plus de cavalier, il trotte vers la gauche et il est de facture identique à celle des types datés antérieurement. En fait de nouvel élément dans le processus de contamination, nous soulignons la présence, sur le revers, des sigles et monogrammes, dont l'influence thasienne est évidente. Nous nous bornerons à mentionner que la présence de ces sigles, monogrammes et symboles a son sens propre et ne constitue pas un simple motif décoratif: ils ont un but logique: celui de marquer la série des émissions, fait prouvé par la possibilité de les classer en quatre grandes catégories; en dessous du cheval on relève: I — le sigle N; II — le sigle Δ; III — le monogramme ; IV — le monogramme .

Nous ferons encore remarquer que, à la différence des contremarques habituelles des monnaies géto-daces, l'élément littéral apparaît en grand nombre dans le trésor d'Inoteşti. Il ne faut pas perdre de vue non plus l'oiseau orienté de diverses façons, symbole fréquemment rencontré. Si les sigles et les monogrammes se rattachent au processus de contamination thasienne, l'oiseau est le symbole usuel, gravé ou contremarqué, des monnaies daces. Compte tenu des caractéristiques stylistiques, de l'alliage et de la forme scyphate du flan, nous avons daté la dernière phase Inoteşti du type contaminé au début du Ier siècle av.n.è. Par l'aspect intéressant des monnaies dont il est constitué, le trésor d'Inoteşti impose une série de rapports qui doivent être mentionnés à titre d'hypothèses.

— Nous interprétons le caractère littéral des signes du revers, de même que le degré élevé de contamination, comme une preuve d'importantes relations commerciales avec le sud, attestées non seulement par les tétradrachmes et les imitations de monnaies thasiennes répandues dans toute la plaine du Danube, mais aussi, antérieurement, par les fragments et les anses d'amphores estampillées.

— Nous croyons qu'il existe une relation chronologique serrée entre les monnaies du trésor d'Inoteşti et les monnaies du trésor de Vovrieşti-Jassy, dont nous avons minutieusement étudié les contremarques (le trésor a été publié par Constantin Preda, dansArcheologia Moldovei, IV). On constate ainsi une grande ressemblance entre les contremarques de ce trésor et certains sigles des monnaies d'Inoteşti; de même, le trésor de Vovrieşti contient des monnaies qui portent sur le même exemplaire le symbole de l'oiseau en contremarque à côté de contremarques semblables aux sigles d'Inoteşti. Etant donné que, selon nos constatations personnelles, le trésor de Vovrieşti a connu trois phases d'utilisation — la première où les monnaies en circulation n'étaient pas incisées, la seconde pendant laquelle elles furent incisées et la dernière au cours de laquelle on leur a appliqué une contremarque —, nous croyons que la dernière phase de ce trésor est contemporaine du trésor d'Inoteşti et par conséquent datable à la fin du IIe siècle ou au commencement du Ier siècle av.n.è. Nous espérons que cette hypothèse sur la dernière phase de la monnaie dace en Moldavie, dont on ne sait rien, n'est pas trop hasardeuse. Les monnaies daces de type contaminé, plus minutieusement analysées, nous éclaireront peut-être mieux sur les émissions contemporaines dans les régions voisines.

Les opinions des chercheurs qui se sont occupés des émissions monétaires daces, en vue d'établir la date de leurs débuts et la position qu'elles occupent dans l'ensemble des monnaies «barbares», sont très différentes. C. Moisil est le premierinfo à avoir proposé une date plus reculée, le IVe siècle av.n.è., tandis qu'à l'autre extrémité, K. Pinkinfo fixe leur apparition vers l'an 150 av.n.è. et leur fin vers l'an 50 av.n.è. Vasile Pârvaninfo les relie étroitement au grand déplacement des Celtes vers l'est, qui a eu lieu autour de 280 av.n.è., et les considère comme le résultat de l'influence de la civilisation celtique et de sa technique de travail du métal. Dans sa synthèse sur La Transylvanie dans l'Antiquitéinfo, C. Daicoviciu entrevoit dans la seconde moitié du IIIre siècle av.n.è. le moment où les Daces commencèrent à battre monnaie, imitant la monnaie macédonienne sous l'impulsion de l'art monétaire celtique. Ce fait paraît être un indice de certains changements survenus en Transylvanie, qui à partir de cette date se trouvait sous la souveraineté politique des autochtonesinfo. L'opinion de Radu Vulpe est à un seul point de vue plus rapprochée de la position que nous partageons. Cet auteur se range à l'avis de Pârvan en ce qui concerne la datation des débuts, mais il souligne non seulement la différence entre les monnaies daces et les monnaies celtiques, qui depuis longtemps paraissait évidente à de nombreux spécialistes, mais aussi la possibilité que les Celtes du centre de l'Europe se soient inspirés de la technique monétaire daceinfo. En déterminant l'étendue chronologique de la première partie de notre étude, et par là aussi son étendue géographique, nous faisons remarquer (p. 144) que la numismatique de la zone-limite daco-celte, dont l'analyse offre des données précieuses sur les influences daces dans le monnayage celtique, n'a pas été étudiée dans le présent ouvrage. Du reste, le problème se réduit en essence à un défaut de concordance chronologique en ce qui concerne la partie de la Dacie située à l'intérieur de l'arc carpatique. Les tribus celtiques du centre de l'Europe, et surtout celles qui vinrent en contact avec les Daces, ont certainement subi l'influence de leur technique et même de leur art monétaire, car les Daces utilisaient déjà depuis quelque temps les avantages de l'institution de la monnaie, à laquelle les avaient conduits leurs besoins internes de développement économique. Nous savons que dans la numismatique celtique, il existe trois sortes d'influences grecques qui se suivent approximativement selon la succession chronologique suivante: les Celtes imitèrent soit les monnaies des colonies grecques avec lesquelles ils eurent des relations plus serrées (par exemple Massalia), soit les monnaies macédoniennes, surtout les statères de Philippe II — les philippei — venus par l'Italie et véhiculés par le commerce romain à l'ouest de l'Europe celtique, dans leur forme d'origine ou frappés dans les ateliers de monnaies de la République; enfin, ils copièrent ou s'inspirèrent des monnaies romaines. Des relations commerciales directes et intensives — qui auraient mené à l'adoption de l'institution de la monnaie ou à la copie d'un si grand nombre d'exemplaires — entre le monde grec et le monde celtique du Moyen Danube, sans plus parler d'invasions poussées jusqu'au cœur de la Grèce, ne peuvent être prouvées ni du point de vue numismatique ou archéologique, ni sur le plan de l'histoire de l'art. Dans le domaine numismatique aussi, l'influence grecque a pénétré dans le monde celtique par la filière italique. Jusqu'à la pénétration de celle-ci dans la zone-limite daco-celtique (il ne peut s'agir tout au plus que de quelques dizaines d'années), les tribus daces utilisèrent la monnaie d'argent à iconographie autochtone, résultat non pas d'une imitationdirecte ayant son modèle dans le milieu hellénique du sud du Danube, mais des traditions d'un substrat commun thraco-macédonien dont les racines plongeaient dans la spiritualité de l'élément ethnique dace. C'est sous l'angle de ce manque de concordance chronologique entre la numismatique celtique de la zone-limite et les émissions des monnaies géto-daces de la série autochtone, que s'explique la position du succédané transylvain du type «Jiblea pan-dace» (p. 167). Quant aux Celtes du royaume de Tylis, leur interposition dans les routes commerciales vers la Dacie, qui eut des conséquences négatives mais éphémères (voir plus loin 193), se dissout dans la grande masse osmotique de la civilisation hellénique. Leur arrivée tardive par rapport aux premières émissions monétaires géto-daces au sud des Carpates n'a eu aucune influence artistique, pas même sur les succédanés ou sur les monnaies de la plaine valaque appartenant à la série d'imitations. Comment peut-on alors soutenir que la numismatique géto-dace doit ses débuts à l'arrivée des Celtes dans le sud-est de l'Europe, dès lors que ses premières émissions ne présentent à aucun degré l'influence de l'art celtique? La grande majorité des monnaies celtiques de la zone du Moyen-Danube sont de facture stylistique tardive, ce qui a déterminé les chercheurs à les dater en conséquence. En englobant aussi les monnaies daces dans cette masse, leurs recherches se sont heurtées à des inégalités stylistiques, expliquées par des différences ethniques. La même filière stylistique suivie minutieusement met au jour des fissures graves que nous expliquons par une dissemblance chronologique: les émissions monétaires daces de la série autochtone appartiennent non seulement à une population différente, elles précèdent dans le temps les émissions celtiques; la Dacie du IVe siècle av.n.è. les a produites comme un instrument appelé à faciliter ses échanges commerciaux.

Considérée dans l'ensemble du monde européen du IVe siècle av.n.è. — monde hellénique et «barbare» à la fois —, la Dacie occupe une position moyenne, essentielle, tant sous l'aspect de sa situation géographique que sous celui des ressources économiques naturelles qui la caractérisent. Il va de soi que l'abondance de ces richesses naturelles facilement exploitables a discipliné plus tôt les forces de travail humain dans le processus de production, mettant progressivement leur inventivité à l'épreuve d'une manière créatrice et les attachant au pays, avec lequel elles se confondent ensuite dans une parfaite unité spirituelle. Nullement obligées de chercher ailleurs leur nourriture et les autres produits nécessaires à l'existence, les tribus géto-daces, de tout temps sédentaires et agricolesinfo, les obtenaient de la terre même qu'ils habitaient. La Dacie avait une économie autarchique idéale, tant dans son ensemble que par zones restreintes, avec ses collines ou ses montagnes alternant avec les plaines abritées, les vallées et l'élément hydrologique partout présent. Cette immense richesse potentielle est la base millénaire qui a donné à ce peuple la force de subsister économiquement; ce fait est la source de l'aspect original de la civilisation dace, qui a subi les influences extérieures non sous forme d'une adoption directe et servile, mais en les utilisant de manière créatriceinfo dans le processus de sa propre production. Ni les armes, ni les outilsinfo, ni la céramique, ni les monnaies ne sont celtiques; ils mettent en évidence le caractère créateur de l'économie géto-dace. Cependant, parler de l'originalité géto-dace ne veut pas dire exclure par principe les relations habituelles entre une population et une autre dans un contexte historique donné. Il ne s'agit que de la portée de ces relations sur son développement naturel, qui est déterminé avant tout par son substrat. En d'autres termes, ainsi que nous le rappellerons plus loin, il est absolument normal que des influences massives et opérantes soient venues du sud, de cette partie des tribus thraces qui ont eu les premières accès à la civilisation hellénique. Un témoignage de cette grande puissance d'assimilation est, au début du IVe siècle av.n.è., la fusion de la vague scythe du nord, qui portait elle-même des influences civilisatrices du sud.

Des vestiges archéologiques tardifs attestent la multitude des céréales et des légumes cultivés en Dacieinfo; des ressources littéraires mentionnent l'immensité des cultures de céréales dans la plaine du Danube, à travers lesquelles les soldats d'Alexandre le Grand se taillaient un chemin avec leurs lancesinfo. Etaient-elles toutes nécessaires pour satisfaire aux besoins exclusifs de la population? La grande quantité de monnaies grecques de Philippe IIinfo et de ses successeurs ou, moins nombreuses, celles d'Histriainfo, la céramique de bonne qualité des débuts de l'époque hellénistique info, les amphores estampillées et par ce fait datables dès la fin du IVe siècle av.n.èinfo ont été reçues en échange des céréales exportées au sud du Danubeinfo. Cette agriculture extensive dans un quadrivium des migrations fut un sujet d'étonnement pour les historiens anciens eux-mêmes. Mais la Dacie, protégée par sa corona montium, pouvait résister économiquement à toutes les crises, car les vallés fertiles et les collines sous-carpatiques, où l'on peut aujourd'hui encore cultiver les céréales, produisaient assez pour la nourrir. Combien grande était l'importance de l'agriculture dans la vie économique de la Dacie, nous pouvons l'apprécier par la présence des personnes chargées de l'organiser et de la diriger et dont Critoninfoparle en se référant à la dernière période de l'état dace. On a longuement discuté sur l'organisation de cet important secteur de production et sur la nature de la propriété agricole, en partant de réalités archéologiques et de textes littéraires. Diversement interprétée, l'ode d'Horaceinfo s'est avérée ne pas être un document sur lequel on puisse se fonder, mais une fiction poétique, dont le but était moralisateurinfo. De même, le passage de Flavius Josèpheinfo a été à son tour mal interprété et, en conséquence, les conclusions qui en ont été tirées sont erronées. En ce qui concerne le problème de la séparation entre la ville et le village chez les Dacesinfo, ainsi que toutes les spéculations auxquelles il a donné lieu, il s'agit selon nous d'un domaine purement théorique et d'un problème qui est de fait un faux problème. Si certains auteurs grecsinfo nomment poleiz les établissements fortifiés des Daces, ils le font selon leur propre conception politique et administrative. La culture matérielle et spirituelle des Daces demeure une culture de village à implication d'oppidainfo; ainsi, dans la dernière phase de l'état dace, une puissante agglomération de fortifications à caractère militaire et religieux s'établit dans la zone centrale, appelée à recevoir le choc principal des armées romaines. Ce caractère militaire défensif de la vie économique et sociale de la Dacie dans les dernières décennies avant la conquête, cet effort suprême qui s'est manifesté dans tous les domaines, a été interprétéinfo comme le fruit du travail des esclaves, d'un esclavage de facture particulière. La culture des vastes domaines, royaux et de ceux des grands propriétaires, ainsi que le travail dans les mines, les ateliers etc., ont également été attribués aux esclaves. En ce qui concerne l'agriculture, nous pouvons supposer plutôt que la terre était cultivée par des travailleurs libres, le caractère rural même de la vie dace étant incompatible avec l'esclavage. Les mines, ainsi que certains ateliers d'outils et d'armes en tant que propriété ou monopole royal, ont pu être exploités par des esclaves. Mais la forme de propriété de la terre était la propriété privée, alors que les pâturages, les eaux, les forêts étaient utilisés en communinfo. Au IVe siècle av.n.è., l'économie agricole avait un caractère tribal représentant, en dehors de la conscience ethnique et de la langue, un moyen de soudure organique de plus entre toutes les tribus géto-daces. Un seul fait est certain: grâce au caractère sédentaire et à la pratique d'une agriculture extensive, aux multiples métiers issus de la nécessité d'utiliser les richesses du sol et du sous-sol, grâce à l'opulence devenue légendaire de la Dacie, à son unité ethnique et linguistique, on se trouve en présence d'une forme d'organisation sociale antérieure à sa formation en Etat, dans le sens administratif et politique, mais que sa civilisation, sa culture spirituelle propre et son économie agraire permettent à certains points de vue de la comparer à quelque grande puissance agraire de l'antiquité, telle que l'Egypte. Quoique la plupart des chercheurs admettent l'idée d'une circulation intense des monnaies grecques sur le territoire de la Dacie dès le IVe siècle av.n.è., ainsi que d'une activité commerciale importante tant avec le sud qu'entre les tribus géto-daces mêmes, l'hypothèse de l'apparition d'une monnaie dace autochtone dès la première moitié du IVe siècle av.n.è. n'est acceptée que difficilement. Les conditions économiques étaient pourtant mûres. La monnaie d'argent était à ce point recherchée, à ce point insuffisante, la nécessité en était tellement ressentie même après les premières émissions daces, qu'à un moment donné circulait aussi la monnaie de bronze de Philippe IIinfo témoignage de l'emploi du symbole monétaire dans les menus échanges sur le marché intérieur. La production agricole élevée elle-même était une garantie pour le métal monétaire importé de l'extérieur de la Dacie, ainsi que nous tenterons de le démontrer plus loin, sans mentionner les intenses exportations d'or vers le sud, commencées dès l'âge du bronze.

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Dans notre hypothèse, le problème de l'origine de l'argent se présente comme un corollaire du développement économique des tribus d'agriculteurs géto-daces, car ce métal n'était pas extrait en Dacie, il provenait des échanges commerciaux effectués avec les régions situées au sud du Danube. Le grand nombre de monnaies et de parures en argent avait suscité l'hypothèse contraire, exprimée depuis des dizaines d'années dans la littérature de spécialitéinfo. En fait, deux opérations sont constamment confondues: l'extraction et le travail préliminaire, avec les éventuelles transformations ultérieures des lingots en monnaies ou en bijoux. La découverte d'un lingot d'argent à Stăncuţainfo (commune de Călmăţui, dép. de Galaţi), présentée comme une confirmation supplémentaire du fait que l'argent était extrait en Dacie, peut tout aussi bien être interprétée, logiquement sinon historiquement, comme une preuve du manque d'argent en Dacie. Du reste, l'existence de monnaies et d'objets en argent dans les mêmes trésors ne signifie aucunement que ces derniers proviennent du métal monétaire; il ne s'agit que d'une thésaurisation du métal précieux sous n'importe quelle forme. De là découle aussi le problème de la datation des objets de parure daces en argent thésaurisés dans des contextes archéologiques des IIe–Ier siècles av.n.è., qui pourraient fort bien avoir été exécutés longtemps avant que le manque d'argent n'atteigne son paroxysme en Dacie.

Car on ne peut s'empêcher de se demander: au IIe–Ier siècles av.n.è., lorsque la monnaie dace était en argent très inférieur et même fourréeinfo, d'où provenait le métal, généralement de très bonne qualité, dont ces objets étaient confectionnés? Cités comme témoignages de l'épanouissement des arts à l'époque de l'expansion de Burebista, pourquoi ces objets, cet épanouissement et cette expansion allaient-ils de pair avec des monnaies pauvres en argent? La réponse à cette question fournira à l'expansion de Burebista une explication historique plus plausible, en lui reconnaissant aussi des causes économiques: d'autre part, les produits d'orfèvrerie daces devront être reculés chronologiquement, compte tenu des disponibilités en argent et du fait que, logiquement, un art ne pouvait s'épanouir sans avoir une tradition à sa base. Les résultats récents de l'historiographie roumaine ont fait voir clairement que dès la fin de l'âge de bronzeinfo, les populations établies au nord du Danube se sont peu à peu intégrées dans la civilisation méditerranéenne, sur le double plan de la culture et de l'économie. Tout en considérant les tribus géto-daces comme orientées vers l'ouest, vers le monde nord-italique et celtique Vasile Pârvan reconnaissait le rôle prépondérant des exportateurs grecs et macédoniens dans les échanges avec la Dacieinfo. L'existence même d'une série de monnaies daces autochtones dont l'iconographie et le poids se fondent sur un substrat commun thraco-macédonien est un témoignage de ces relations avec le sud, vers lequel convergeaient les multiples caractéristiques ethniques des tribus établies au nord du Danube. C'est ainsi qu'on s'explique que, du point de vue économique, ces populations se sont intégrées dans la sphère monétaire de l'argent, quoique les réserves d'or de la Transylvanie et des rivières de la plaine valaque fussent connues dès l'âge du bronze.info Nous sommes tenté de croire que, dès la fin du Ve siècle av.n.è., l'or dace était échangé dans le sud contre sa valeur monétaire. L'accroissement des réserves d'or des rois de Macédoine, si modestes avant Philippe, considérablement augmentées surtout vers la fin de son règne, selon le témoignage d'Athaeneusinfo, doit être mis en relation avec ce phénomène économique. Une anecdote transmise par Diodoreinfo raconte que Philippe aurait déclaré qu'il avait élargi son royaume par l'or plus que par les armes; cette assertion est justifiée par le contexte économique de l'époque, que les récentes recherches numismatiques ont fait ressortirinfo, par le besoin pressant qu'avait la maison de Macédoine, sous Philippe et surtout sous Alexandre, de concurrencer l'or persan par une monnaie d'or grecque. Tout le monde connaît aujourd'hui l'explication donnée à l'apparition de la monnaie d'or macédonienne, réservée à la politique économique anti-persane et destinée par conséquent à circuler dans l'aire géographique orientale, tandis que l'argent continuait à rester le métal monétaire réservé aux échanges commerciaux effectués au nord du monde hellénique, en Thrace et au-delà du Danube. La nécessité de faire circuler les marchandises au moyen de l'argent n'était pas exclusivement dictée par les conditions intérieures du développement des tribus géto-daces, mais aussi par leurs relations avec l'extérieur et avec l'acheteur. Ainsi, l'élément thraco-macédonien était lui-même intéressé à imposer l'institution de la monnaie, jouant un rôle actif dans ce sens.info On peut vérifier la vraisemblance de cet état de choses en comparant la circulation de la monnaie d'Histria avec celle des trois types autochtones que nous avons datés de la première moitié du IVe siècle av.n.è.infoOr, les tétradrachmes de l'aire thraco-macédonienne, avec laquelle les relations des populations du nord du Danube étaient de plus en plus serrées, étaient préférées à l'argent d'Histria, répandu sur une aire restreinte en Moldavie surtout, et quantitativement insuffisant. La Macédoine et le monde grec en général répondaient à leur besoin d'or, de céréales et de matières premières par des marchandises de luxe, des armes et de l'argent. Vers la fin du Ve siècle av.n.è., la chute du commerce athénien en Thrace et la formation d'une grande unité commerciale scytho-thraceinfonous donnent une idée plus précise d'une époque dont les monnaies seules témoignent encore. L'importation et l'exportation de minerai dans l'antiquité, qui est un fait universellement connuinfo, étaient étroitement rattachées à la rentabilité économique de l'exploitation des gisements locaux. De nombreuses cités importaient l'argent pour les monnaies et les ateliers d'orfèvrerie. Histria, par exemple, était obligée d'acheter l'argent pour ses drachmes. Corintheinfo importait de l'argent brut et le vendait sous forme de lingots aux cités qui en manquaient. Après l'effondrement de la seconde ligue maritime, la Macédoine, riche en mines et en gisements argentifèresinfo, vend l'argent en tant que marchandise sur le marché de Délos.info Nous ne voyons aucun obstacle à ce que l'exportation macédonienne de l'argent se soit étendue vers le nord, ne fût-ce qu'en échange de l'or obtenu et compte tenu des multiples relations qui existaient entre les tribus établies au nord et au sud du Danube. Le geste d'Alexandre le Grand est significatif à cet égard: en modifiant le poids de ses tétradrachmes, il destinait celles qui avaient été frappées par Philippe au commerce avec le monde «barbare» du nord et les lançait sur le marché d'importation.info L'utilisation exclusive de la monnaie d'argent est encore une preuve de l'intégration des tribus géto-daces dans le monde économique méditerranéen: elles étaient pour cela obligées d'importer le métal sans utiliser l'or qui se trouvait dans les gisements naturels ou les rivières, à l'encontre des tribus celtiques qui, pendant toute la durée de leur activité monétaire, frappèrent aussi des monnaies d'or. Essayant d'éclaircir le problème de la formation des trésors en argent tel que le présentait Téglásinfo, Pârvan constate indirectement la rareté de ce métal dans les gisements dacesinfo, par rapport à la richesse du matériel monétaire ou des objets de parure. Téglás lui-même, expliquant la formation de ces trésors par des hypothèses discutables et souvent dépassées par les recherches plus récentes, a le mérite d'avoir cherché une autre provenance que l'exploitation locale à l'argent, venu sous forme de monnaies aux IIe–Ier siècles av.n.è. Toutefois, dans cette question, toutes les hypothèses se rapportent à une période beaucoup plus tardiveinfo que le IVe siècle av.n.è. dont il s'agit. Ce qui les rend vulnérables, c'est que le métal des objets de parure ne pouvait provenir des monnaies daces pauvres en argentinfo. D'autre part, la réalité infirme l'assertion que l'argent était extrait des Monts Apuseni.info Pour revenir aux travaux de ce même chercheur assidu des exploitations minières daces qu'était Gabor Téglás, nous relèverons l'observation bibliographiqueinfo soulignant que l'extraction de l'argent des minerais de cuivre n'est que sporadiquement mentionnée par lui. Des données attestant cette exploitation sont totalement inconnues aux autres chercheurs qui se sont occupés de la vie économique de cette province.info Baia Mare est l'endroit où le minerai argentifère se trouve en proportions plus importantes dans les chalcopyrites et ce n'est qu'au Moyen Age qu'il a été obtenu par le procédé de la réduction. Il en existe toujours en petites quantités dans les pyrites aurifères des Monts Apuseni, mais la séparation de l'argent et de l'or nécessite une technique plus compliquée; elle ne serait pas rentable, d'une part à cause de la quantité réduite de métal qu'on en aurait retirée, et, de l'autre, à cause de l'affinage excessif de l'or, qui aurait du reste été difficile à réaliser étant donné le niveau des procédés antiques. Toutes ces considérations seraient infirmées par les dires du byzantin Lydus touchant les trésors dont Trajan aurait dépouillé Decebal, information interprétée par Jérôme Carcopinoinfo comme l'unique explication du revirement financier de l'empire: Paribeni, pourtant, trouve encore d'autres causes à cette «miraculeuse» solution de la crise financière.info Carcopino corrige les chiffres fantastiques de Lydus, qui résultent de l'amphibologie de leur transcription littéraleinfo et qui représentent 650.000 kg d'or fin et le double d'argent, en les réduisant au dixième. Ce chiffre lui semble fort raisonnable et, le comparant avec la production d'or et d'argent de la Roumanie entre 1919 et 1923, respectivement 1400 kgs et 2100 kgs, il constate qu'il représente 30 années de stockage. Il va de soi que nous devons considérer avec réserve ces raisonnements, qui ne sont même pas rigoureusement mathématiques. Avant la seconde guerre mondiale, à l'aide des moyens d'extraction modernes et en pénétrant à une profondeur de 450–500 m là où le filon aurifère est plus riche (ce qui contredit l'affirmation de Carcopino qu'il serait considérable à la surface), on a pu obtenir en 1937 une quantité maximum de 5465 kg d'or fininfo et de 25645 kg d'argent.info Il faut relever pourtant que la majeure partie de l'argent a été obtenue par l'augmentation des procédés chimiques, la moyenne ayant été de 2800–3000 kg annuellement jusqu'en 1932, ce qui représente très peu et nous permet de croire que cette production devait être nulle ou presque nulle dans l'antiquité, tandis que les mines de Maronée ou de Laurion produisaient beaucoup plus que la Roumanie jusqu'en 1932.info Même en ce qui concerne l'or, le chiffre de Lydus corrigé par Carcopino est sujet à caution, de même que la citation de Critoninfo, le médecin de Trajan, témoin oculaire des guerres avec les Daces, citation par laquelle Lydus pensait donner une teinte d'érudition à son ouvrage. La construction de la phrase suivante nous indiqueen effet clairement que Lydus n'a pas eu l'ouvrage de Criton entre les mains: «σοφός γάρ ών καί δία πων βιβλίων εύρών ώς εύδαίμων μεν η χώρα τοι ς χρημασν ισχυρά δε τοΐς οπλοις έστί τε νυν καί πάλιγαέγονεν, ήν πρώτος.......»

«Celui-ci (l'empereur Justinien), sage et constatant par les livres combien ce pays était heureux, par ses richesses d'une part, de l'autre par ses guerriers, maintenant et dans les temps passés, et que le premier Trajan...»; suit le passage qui relate l'épisode du butin dace.info Il aurait été normal que l'expression générale διά των βιβλίων εύρων fût singularisée par une référence, ne fût-ce qu'à Criton; cependant l'auteur de Getica n'est cité que là où son autorité peut confirmer le désir des Byzantins de reprendre à leur profit l'histoire du butin de Trajan. C'est dans le même dessein d'expédier sommairement la parenthèse de ce passage que Joannes Lydus nous informe sur la quantité de l'argent: «cinq cents fois mille livres d'or et le double d'argent». Pourquoi justement le double d'argent? Parce que c'est un lieu commun pour toutes les histoires fantastiques, parce que l'auteur n'a pas eu entre les mains le texte de Criton et parce que, en général, c'était une idée très répandue que, venant immédiatement après l'or dans l'échelle des métaux nobles, l'argent devrait se trouver en quantité double. Il n'y a pas de doute que Trajan a rapporté un riche butin de Dacie; mais il ne renfermait que de l'or (souvenons-nous de la légende sur la vaisselle de Dromichetes); il ne pouvait y avoir eu un dépôt d'argent et nous n'avons aucune information qu'il y en ait eu un. L'importance de ce butin ne saurait atteindre des proportions fabuleuses, compte tenu des efforts que le royaume dace devait fournir politiquement, militairement et, à coup sûr, financièrement pour s'opposer à l'expansion romaine, contre laquelle une puissante coalition de tribus venait de se former. Les préparatifs de guerre, les guerres elles-mêmes, les alliances, l'activité politique intense déployée par Burebista, étaient autant de raisons d'attaquer les réserves d'or de Sarmizegetusa. L'émission portant la légende ΚΟΣΩΝ, [v.p. 220] que les dernières recherches tendent à attribuer à Burebistainfo, est l'unique monnaie dace en or frappée par une autorité d'Etat en un métal monopolisé qui soit apparue dans des conditions économiques et politiques exceptionnelles, étant destinée par son iconographie et par le métal même aux relations avec le monde économique romain. L'avance des légions romaines en Epire, Macédoine, Grèce, Thrace et Mésie ne représentait pas seulement l'approche d'une confrontation armée inévitable pour l'Etat dace, mais aussi son arrachement aux relations séculaires avec le sud et, par là, son exclusion d'une sphère économique récemment devenue romaine. C'est un moment décisif dans l'économie de la Dacie pré-romaine que ce début du Ier siècle av.n.è., lorsque les émissions monétaires daces cessent et que paraît le denier romain, tel un soldat annonçant une imminente conquête. Face à l'ébranlement d'un fondement économique séculaire par les événements qui bouleversaient le monde de l'époque, le sens de l'expansion de Burebista, suivi de la création d'un front unique politique et économique dirigé contre Rome, nous paraît plus complexe.info105 C'est ainsi que s'explique la réduction du taux d'argent dans les émissions daces de la seconde moitié du IIe siècle et du Ier siècle av.n.è.: par le fait que les centres du sud qui le livraient étaient tombés sous la domination romaine. C'est ainsi que s'explique à cette période la présence, dans les découvertes isolée ou dans les trésors, des monnaies Macedonia Prima 106 info et Thasos (fig. 9/2a, 6a, 6b), de facture barbare ou originale, qui avaient été apportées du sud du Danube comme moyen d'obtenir le métal précieux devenu rare. C'est ainsi que s'explique la contamination du type Thasos des monnaies de Cojeasca ou Inoteştiinfo, qui ont pourtant été frappées dans cette dernière phase selon le système du didrachme et non du tétradrachme de Thasos. C'est une situation similaire — l'interposition du royaume de Tylis entre les sources qui fournissaient l'argent et le milieu géto-dace — qui explique, au IIIe siècle av.n.è., la rareté temporaire du métal, évidente dans les monnaies géto-daces de la Moldavie centrale;infoleur utilisation répétée est attestée par une incision initiale et par plusieurs contremarques ultérieures renouvelées à différents intervalles. Toujours à l'appui de la thèse de l'inexistence de l'exploitation de l'argent en Dacie, on peut citer quelques deniers romains falsifiés par les Daces et dont l'étude et l'analyse ont démontréinfole faible taux de l'argent, la friabilité et l'inconsistance. L'extraction du métal précieux des monnaies romaines était justement le but de ces faux, puisqu'il manquait totalement dans les régions daces. Les arguments ci-dessus contre la thèse de l'exploitation de l'argent en Dacie, parallèlement au grand nombre de monnaies qui y existaient et aux relations de ce pays avec le monde thraco-gréco- macédonien du sud, mettent en évidence la solidité de l'économie dace, d'une intensité rarement rencontrée dans une organisation sociale-politique antérieure à sa formation en Etat.

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La détermination des types monétaires autochtones géto-daces, dont l'apparition se situe dans la première moitié du IVe siècle av.n.è., ainsi que de leur iconographie, impose, compte tenu de ces identifications inédites, une étude plus approfondie de la religion géto-dace. Elles devraient être utilisées à l'avenir parmi les rares et malheureusement trop sommaires informations que nous possédons sur la vie spirituelle et les croyances de ceux qui furent non seulement les ancêtres ethniques du peuple roumain, mais aussi les précurseurs de cet équilibre salutaire entre les réalités humaines et les réalités naturelles qui a constitué l'essence de la continuité d'existence du peuple roumain à travers les vicissitudes millénaires.

À la suite des recherches archéologiques, le déplacement vers le sud de l'angle sous lequel doit être considérée la formation de la civilisation géto-dace, à savoir en relation étroite avec le monde thraco-illyrien et hellénique, constitue, avec les prémisses de l'inégalité du temps, de l'espace, du rythme et de la profondeur du développement du Latène daceinfo110, deux coordonnées majeures guidant toute investigation sur le passé de la Dacie préromaine. Tout comme dans la numismatique géto-dace, ces coordonnées se retrouvent dans l'unité de cette civilisation, qui doit être recherchée, au-delà des différences régionales et chronologiques, dans son essence même, telle qu'elle se manifeste à travers les siècles. Monuments d'importance primordiale dans l'étude de la religion dace, les monnaies fournissent, outre leur iconographie certaine, une série de données qui, envisagées comme hypothèses de travail, en démontrent l'utilité et sont maintes fois confirmées par les découvertes ultérieures ou par des interprétations de plus en plus approfondies de ce qui ne semble aujourd'hui qu'affirmations inédites.

Le problème du monothéisme, du dualisme ou du polythéisme des Géto-Daces a toujours été le noyau autour duquel s'est concentrée l'attention de nombreux chercheurs, dont I.I. Russu a rassemblé les opinions dans un ouvrage plus ancien d'un intérêt documentaire évident.info Pour quiconque connaît l'esprit de la langue grecque, il est clair qu'il ne peut être question, d'un monothéisme dace, tel qu'il était argumenté à travers le texte bien connu d'Hérodoteinfo , à la suite de l'interprétation correcte proposée par C. Daicoviciu.info Du reste, ainsi que l'a démontré Lucian Blagainfo par la méthode de la «topographie stylistique», la mythologie gète ne pouvait faire exception dans la masse des mythologies indo-européennes: elle y occupe à tous les points de vue une position moyenne comme potentiel spirituel et artistique. Les recherches archéologiquesinfo effectuées dans les sanctuaires des montagnes d'Orăştieinfo ont apporté de nombreuses précisions et des données nouvelles sur l'aspect uranien-solaire et chtonien de la religion dace. Ces sanctuaires manquent de monuments figuratifs susceptibles d'expliquer en quelle mesure et avec quelle signification mythologique l'anthropomorphisme entrait dans la conception religieuse des Géto-Daces. Or, les monnaies de la série autochtone représentent: Bendis (fig. 1/1, 2/2b), une divinité à tête à double face (fig. 1/2), une divinité non couronnée de lauriers (fig. 2/2a), une divinité guerrière (fig. 1/1) à cheval (sur le revers des monnaies de type Bendis). Devant un si grand nombre de représentations, il est évident que le prétendu aniconisme daceinfo ne peut se soutenir. La divinité féminine qui figure de face sur l'avers des monnaies de type Bendis, ou à cheval sur le revers du type «Jiblea pan-dace», est une divinité thrace à multiples représentations dans la zone où son culte était pratiqué.info Vers la fin du Ve siècle av.n.è.info , elle avait même finalement été adoptée par le monde hellénique à la suite de ses contacts avec les Thraces. La zone méditerrannée semble avoir eu connaissance d'une de ses images beaucoup plus ancienne sur un fragment céramique d'Hephaistiainfo (Lemnos) qui peut être daté du VIIIe siècle av.n.è. sur lequel elle est identifiée d'après l'arme qu'elle porte (le bident — δίλογχος) et qui indique aussi la Phrygie comme origine de son culte. Charles Picard croit que la voie suivie par la colonisation phrygienne en Occident, où il existe des monuments qui sont d'incontestables répliques d'origine anatolienne, aurait passé par la côte et par l'archipel thrace, ce qui expliquerait l'expansion du culte de cette divinité dans des aires géographiques et ethniques aussi différentes. De toute façon, il est intéressant de noter que sur le fragment d'Hephaistia Bendis porte les cheveux ondulés sur le dos vers l'extérieur, exactement comme sur le revers du type «Jiblea pan-dace». Malheureusement, on ne peut distinguer la coiffure de la déesse sur les reliefs publiés par Charles Picard. Que Bendis à cheval apparaisse sur les monnaies daces ne nous semble nullement surprenant: son attribut, la branche de sapin — ou la branche d'arbre, en général, est le symbole qui relie à la nature le culte d'un numen de facture dryadique. La nudité du buste lui donne une expression héroïque, celle d'une divinité de l'effort cynégétique, qui est en soi une forme par laquelle le règne animal se confond avec la «nature et ses mystères». Toute interprétation orgiaque dans le cas de la déesse dace s'écarte, d'une part, du sens général du symbole de la chasse et, de l'autre, de l'équilibre rigoureux de la représentation monétaire en question. Le sens anthropomorphe de la représentation de la déesse Bendis sur le type Bendis, ainsi que sur le type «Jiblea pan-dace», est indiscutable. Si dans le cas de la divinité à tête à double face nous nous trouvons devant un symbolisme anthropomorphe, commun à toutes les mythologies antiques, la divinité féminine d'origine thrace a son numen parfaitement représenté par son iconographie. Cette affirmation est valable tant pour la monnaie que pour les autres monuments sur lesquels figure l'image de la déesse. Quant à l'opinion que Bendis à cheval serait plutôt la déesse celtique Epona, qui n'est connue que sur les monuments de l'époque romaine, surtout dans les milieux militairesinfo, elle est contredite par les faits, telle que la représentation de la tête seule de la déesse, sans cheval, sur le type Bendis; et puis, s'il s'agissait d'Epona, il est déroutant que celle-ci soit à cheval et non à côté du cheval ou assise en amazone, telle qu'elle apparaît sur les monuments de facture celtique, car chevaucher un cheval ne signifie pas le patronner, mais s'en servir pour une action, en l'espèce, la chasse. Bendis à cheval peut encore figurer une divinité de la nature, présente partout et, pour cette raison, à cheval. Elle peut être l'esprit qui parcourt les boqueteaux et les forêts dans un monde végétal et animal. L'univers de l'être sauvage est représenté par le cheval et la branche.

En ce qui concerne la tête de divinité masculine à double face représentée sur l'avers des monnaies de ce type, nous sommes convaincus qu'elle a la signification d'un symbolisme anthropomorphe. A une analyse plus serrée, on observe qu'il s'en dégage une idée majeure, celle de la dualité dans l'unité et non pas celle d'une unité diversifiée. Si l'on avait voulu mettre l'accent sur la dualité, et non pas sur l'unité, on aurait sans doute représenté deux têtes unies. Du reste, l'unité en un seul tout est soulignée aussi par l'aspect frontal des deux profils qui, considérés comme les côtés d'une seule image vue de face, offrent, surtout du côté des yeux, une autre image à caractère frontal évident, formée par deux figures de profil. Les deux éléments organiques du profil participent ainsi à l'image du tout et soulignent justement l'idée de l'unité (fig. 1/2). Nos affirmations ne sont du reste pas étrangères à certaines conceptions rencontrées aussi dans le monde hellénique et représentées chez les Celtes par la même tendance vers un symbolisme anthropomorphe. Une référence à ces derniers monuments ne peut suggérer une influence par voie monétaire (des images semblables n'apparaissent pas sur les monnaies celtiques), mais une similitude des conceptions mise en évidence dans les vestiges de l'art celtique des époques les plus reculées, auxquelles nous pouvons faire appel justement pour démontrer que la représentation d'une tête à double face sur les monnaies daces est une représentation religieuse en rapport avec la double nature — solaire et chtonienne — de Zamolxis-Gebeleizis. Ce point une fois établi et l'iconographie de ce type monétaire une fois rangée parmi les témoignages de la religion dace, on continuera assurément à émettre de nombreuses hypothèses, mais cette fois-ci leur point de départ sera une image à signification certaine. Si l'on mentionne une troisième figure frontale qui résulte de la prolongation des yeux des deux profils, il faut ajouter que l'on connaît dans l'art celtique des têtes à trois faces, par exemple celle de Corleck en Irlandeinfo, où les éléments constitutifs se répètent pour chaque figure, ou des tètes à quatre figures, de tradition celtique évidente, telle la tète d'Esteinfo, où il n'y a que deux paires d'yeux pour les quatre figures; deux par deux, les figures ont implicitement un caractère frontal; les arcades sourcilières descendent vers la racine du nez et marquent en même temps par l'autre bout la partie frontale des deux autres figures. La situation est la même pour les monnaies daces en question. L'art celtique ancien présente des têtes à double face, tel le pilier de pierre de Holzgerlingen, Stuttgartinfo, où la conception de l'unité des deux figures est soulignée par une seule paire de mains, l'une recourbée d'un côté, l'autre du côté opposé. On a récemment trouvé en Hongrie une tête à double face dans un établissement celtique voisin du lac Balaton.info125 La principale caractéristique en est la conception plane, nettement différente du volume que l'effigie monétaire dace suggère parfaitement. L'affirmation que la religion et l'art figuratif daces avaient des critères constitutifs différents de ceux de l'art celtique, étant surtout de nature thraco-méditerranéenne, est démontrée par les réminiscences tardives de ces croyances et conceptions artistiques, évidentes dans les monuments de l'époque romaine en Dacie, qui n'ont pas encore été étudiés sous le rapport des éléments stylistiques constitutifs et traditionnels au même degré que le folklore épique et l'art plastique des populations de la zone celtique de l'Europe occidentale.info

L'évolution du type monétaire de la tête à double face vers la tête du type «Jiblea pan-dace», attestée du point de vue stylistique dans la filiation monétaire, pourrait aller de pair avec l'évolution de l'idée d'unité des deux aspects de Zamolxis- Gebeleizis vers celle d'une seule divinité suprême, sans que cette dernière fût une divinité unique. Il s'agirait donc d'un anthropomorphisme abstrait dans le cas de la tête à double face, qui aurait une valeur symbolique évoluant vers un anthropomorphisme héroïsant, car la tête du type «Jiblea pan-dace» ne reste pas dans des généralités physionomiques, elle accuse des traits ethnographiques précis. Par la manière équilibrée dont la figure est constituée, elle reproduit un profil dace qui peut être vérifié par les images de la Colonne Trajane. Ce fait aurait-il son explication dans la mythologie dace et se rapporterait-il à la légende mentionnée par Hérodoteinfo, selon laquelle Zamolxis aurait été un personnage réel, divinisé après sa mort? Toute supposition est justifiée devant ce portrait authentique, remarquablement beau, d'une divinité masculine dace, portrait où le caractère réaliste prend le dessus sur les tendances apothéosiaques.

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Dans ces dernières lignes, consacrées à l'aspect artistique des trois émissions autochtones daces, nous nous occuperons de l'essence et des caractères de cet art, plutôt que des détails particuliers, discutés en tant qu'arguments iconographiques pour la détermination des types, de leur filiation et de leurs succédanés. Deux problèmes de principe s'imposent dès le début: d'abord la question de l'aniconisme religieux et des manifestations de l'anthropomorphisme dans l'art dace, ensuite le caractère religieux de l'iconographie monétaire.

Tout compte fait, l'aniconisme religieux dace ne peut plus constituer une attitude scientifique; il en est de même de la négation de l'anthropomorphisme de l'art dace qu'il est permis, à la suite des motifs exposés, de reculer très loin dans le temps. Une situation semblable se présente dans le monde celtique. J. de Vriesinfo, commentant un passage de César sur les statues de dieux qu'il avait trouvées en Gaule, affirme sa croyance dans l'ancienneté de l'art celtique, dans ses traditions reculées qui l'avaient rendu capable de modeler les divinités du nouveau panthéon imposé par le vainqueur romain. Que ces statues n'aient pas été conservées est un fait facile à comprendre: le conquérant devait assurer d'abord la suppression de la résistance religieuse, éventuel noyau d'une réaction antiromaine. L'anthropomorphisme de l'art dace que, grâce au témoignage des monnaies, nous avons pu relever dès la première moitié du IVe siècle av.n.è., ne représente pas un cas unique dans le «monde barbare». Des recherches récentes ont mis au jour dans l'aire celtique un nombre croissant de représentations humaines, dont on a essayé de fixer la date au Ve siècle av.n.è. Elles précéderaient ainsi le style animalier connu par le décor des armes et des objets d'usage courant, et même l'anthropomorphisme plus récent de ces décors rassemblés pour cette partie de l'Europe, il y a plus de vingt ans, par Ilona Hunyady.info Paul Jacobsthalinfo explique la datation de tels monuments d'une manière qui nous semble satisfaisante, autant que l'hypothèse suivant laquelle l'origine de cet ancien art celtique ne serait pas en Italie, mais dans l'Orient lointain. Ce substrat anatolien qu'on rencontre chez les populations italiques va de pair avec l'origine orientale de l'art celtique, que l'on pourrait appeler archaïque, car elle précède de plusieurs siècles ce qui allait être plus tard l'influence du monde hellénique venue par la filière italique. La datation de Jacobsthal a toutes les chances d'être la véritable, étant donné, d'une part, la nette différence d'époque entre tous les objets discutés dans l'article cité et les deux anneaux de bride de Saint-Germain-en-Laye (datés du IIIe siècle av.n.è.) et, d'autre part, la ressemblance frappante entre ces derniers et le style du lot tardif d'objets groupés par Ilona Hunyady. De même, ne devrait-on pas assigner une date bien plus reculée aux fibules du trésor de Coada Malului, dès lors que Jan Filipinfo nous signale dans le monde celtique entre 450–400 av.n.è. une fibule à masque? N'est-ce pas une preuve péremptoire d'anthropomorphisme dans le monde barbare qui se manifeste chez ces populations indo-européennes, dont la religion et l'art ne pouvaient faire exception au mode de représentation de la figure humaine comme symbole ou incarnation de la divinité? Juger autrement serait fausser le problème et refuser de le considérer dans toute sa complexité, qui est pourtant étonnemment claire.

L'iconographie monétaire elle-même pose une autre question de principe: les figures des divinités pouvaient-elles figurer sur les monnaies? Le problème n'est pas soulevé seulement par les monnaies; il est relevé aussi par certains spécialistes info en matière de religion antique. La réponse nous semble plus qu'évidente et peut être démontrée par n'importe quel manuel de numismatique antique. Un sérieux point d'interrogation apparaît pourtant autour du désaccord du développement de l'art monétaire par rapport à la représentation de la figure humaine en ronde-bosse ou en macro-relief. En observant l'évolution de la monnaie sous son aspect artistique, on peut se rendre compte que l'art de la miniature, avec ses lois spéciales, est, du point de vue technique, beaucoup plus rapproché de l'homme et plus accessible que l'art statuaire, dont les trois dimensions constituent un monde totalement différent de celui de la surface plane. Ce fait est illustré par le développement de la glyptique dans le monde méditerranéen, en comparaison du développement de l'art statuaire. D'autre part, du point de vue artistique, les monnaies ont une situation tout à fait spéciale quant à l'ambiance artistique de l'endroit où elles ont été émises; il est possible que les artisans qui gravaient les matrices et frappaient la monnaie fussent des étrangers, ou bien que les autochtones aient appris rapidement l'art de transposer le volume en plan en réduisant les dimensions. Pour ce qui est des premières émissions daces, nous sommes fermement convaincus que les artisans autochtones ont vite fait d'apprendre l'art de la micro-gravure; nous reconnaissons dans la manière de rendre les détails, le substrat thrace si évident dans les premières émissions de Thasosinfo , lorsque le vigoureux élément thrace persistait avec force dans l'art monétaire de l'île récemment grécisée.info Le profil de la tête de Dionysos est organiquement constitué de la même manière que la tête du type «Jiblea pan-dace», le procédé de rendre la moustache, le cou, le menton et les cheveux en mèches triangulaires aux extrémités dirigées vers le centre de la tête, couvrant l'oreille et s'unissant jusque sur le cou, y est le même, tandis que ces derniers se séparent au-dessus de l'oreille chez le Zeus macédonien. Il existe un équilibre artistique ferme dans l'anthropomorphisme dace, incorruptible du point de vue de sa constitution essentielle et correspondant aux traits mentionnés par Blagainfo dans ses recherches sur la spiritualité dace; il existe une «affirmation défensive» dans l'iconographie de ces trois séries autochtones, une disjonction qui témoigne d'un grand art, celui de jongler avec la forme pleine et la forme stylisée sur une seule et même monnaie — avers et revers. À l'encontre de l'art des Celtes, les Daces ont gardé une vision réaliste et claire dans la conception de la figure humaineinfo et le sens des trois dimensions, traduit par le haut-relief monétaire. Relié ainsi aux profondeurs de la conception sur la vie, l'art dace, dont les monnaies constituent un témoignage monumental, peut être suivi jusqu'à nos jours dans l'art populaire roumain et offre des possibilités insoupçonnées pour l'explication des problèmes numismatiques et historiques.

En tant que documents à double signification, économique et spirituelle, les monnaies des Géto-Daces attestent, une fois de plus, par leur apparition reculée, à quel point l'approvisionnement en nourriture et matières premières du monde antique constituait un point essentiel de l'économie dace et, dans la même mesure, elles témoignent de l'ancienneté d'une culture qui s'est révélée hautement capable de créer et de développer de manière originale les influences extérieures.

 

ANNEXE

Trésor d'Inoteşti, département de Prahova — 33 didrachmes d'argent inférieur, sciphés, groupés par sigles, comme suit:

I — Sous le cheval: N

1) 3281— Au-dessus du cheval, peu clair; devant les naseaux, peut-être un oiseau

2) 3174 — Au-dessus du cheval,

3) 3167 — Au-dessus du cheval, "

4) 3176 — Au-dessus du cheval, "

5) 3278 — Au-dessus du cheval, ".

6) 3177— Au-dessus du cheval, mais sous le cheval И

7) 3292 — Au-dessus: effacé.

8) 3280 — Au-dessus: effacé.

9) 3284 — Au-dessus: effacé. II — Sous le cheval, Δ

10) 3170 — Au-dessus: ∴

11) 3296 — Au-dessus: peu clair.

12) 3295 — Au-dessus:

13) 3173 — Au-dessus: "

14) 3293 — Au-dessus: "; sous le cheval, un oiseau;

avant, ∇.

15) 3297 — Au-dessus: "; sous le cheval, un oiseau; avant,

∇; sous les naseaux du cheval: ∇.

16) 3175 — Au-dessus: ; sous le cheval: Δ, au-dessous

duquel il y a un vautour? posé sur une proie; sous les

naseaux du cheval, .

17) 3276 — Au-dessus: ∇.

18) 3394 — Au-dessus: ∇; sous les naseaux du cheval: Δ.

19) 3287 — Au-dessus: ∇.

20) 3290 — Au-dessus: „ ; sous le pied levé du cheval: .

21) 3168 — Au-dessus: „ ; sous le cheval: ; sous les naseaux du cheval: Δ.

22) 3291 — Au-dessus: ; sous le cheval: ". III — Sous le cheval:

23) 3172 — Au-dessus: peu clair.

24) 3277 — Au-dessus: Δ; sous les naseaux du cheval,

oiseau vers la dr.

25) 3298 — Au-dessus: ; sous les naseaux du cheval, oiseau vers la dr.

26) 3279 — Au-dessus: M

27) 3283 — Au-dessus: M

28) 3178 — Au-dessus: ; sous le cheval: ; sous les naseaux du cheval oiseau vers la droite.

IV — Sous le cheval: .

29) 3289 — Au-dessus: ⋅ ; sous les naseaux: oiseau vers la droite.

30) 3288 — Au-dessus: „ ; sous les naseaux: oiseau vers la droite.

31) 3285 — Au-dessus: „ ;

32) 3198 — Au-dessus: ; sous les naseaux: oiseau vers le haut.

33) 3179 — Au-dessus: T; sous le cheval:

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