Studia I

OPTIMO PRINCIPI

Il existe dans la Collection Maria et dr. G. Severeanu du Musée de la ville de Bucarestinfo une tête de l'empereur Trajaninfoen marbre blanc de granulation moyenne, dont l'aspect originaire s'est conservé seulement jusqu'à la ligne du cou, sous la pomme d'Adam .

La tête a subi quelques restaurations ultérieures: elle a été posée sur un tronçon de marbre jaunâtre de granulation très fine, prolongeant le cou jusqu'à la zone claviculaire, on a reconstitué en plâtre les deux oreilles et le nez, mais le profil de ce dernier a été faussé; quelques petits points enta­més au bout du menton et sur la lèvre supérieure ont été recouverts d'une mince couche de plâtre jusqu'à ce qu'ils atteignent la surface originaire du marbre. Ce portrait inédit de Trajan présente une série de particularités et fournit à l'iconographie très riche et méthodiquement étudiée du conquérant de la Dacie des données nouvelles; celles-ci augmentent la valeur et l'importance du document, car, d'une part il ne se rattache directement à aucun des types de portraits connus jusqu'ici et, de l'autre, il réunit des ren­seignements biographiques qui transparaissent à peine dans très peu d'ima­ges du plus doué des empereurs de Rome.

Les traits physionomiques se situent dans la résultante générale des portraits connus et étudiés par Grossinfo, dont la liste a été complétée ul­térieuremet par Juckerinfo, ils développent et précisent, par leur spécificité une série de détails et caractéristiques plus ou moins apparentes ou à peine suggérées dans la documentation iconographique sur l'empereur.

La tête que nous publions présente une chevelure qui se détache sensi­blement du contour facial, ayant l'aspect d'une masse compacte; les mèches, à peine suggérées dans l'ensemble des cheveux, sont un peu marquées dans la région du front et des tempes . Les mèches du front sont séparées par un petit angle excentrique situé vers la gauche de la ligne médiane; une autre séparation, placée du côté de la tempe droite, de dimen­sions beaucoup plus grandes, change l'orientation des mèches vers l'oreille . Le front est barré par quelques rides légèrement courbés, parallèles aux arcades et superficiellement entaillés et la racine du nez se prolonge verticalement sur le front par deux plis un peu plus profonds. Les sourcils minces sont généreusement courbés et la surface du marbre y est entamée dans plusieurs endroits. Les paupières et le coin de l'oeil ont des plis discrètement dessinés mais suffisamment marqués pour trahir l'âge et la fatigue. La bouche est encadrée par deux sillons profonds qui descendent de la base du nez, doublés par deux autres, plus courts et moins creux, qui naissent aux coins de la bouche. La lèvre inférieure est quelque peu retractée et le menton saillant au profil arrondi est contourné de face par un plis superficiel qui met en évidence sa protubérance. Signe apparent de l'âge, la mâchoire présente un contour presque angulaire à l'encontre d'une série nombreuse de portraits qui exposent un arrondissement charnu sous le menton. Vu de côté, le portrait trahit l'âge et la fatigue, toujours par la ligne de la mâchoire, alourdie par deux petites bosses charnues et flétries; elles impriment au visage une allure tombante, résultante de deux plans qui se rejoignent dans le jeu d'ombre et de lumière et qui se passent de rides - symptôme d'une subite décrépitude, peut-être.

La chronologie des portraits de Trajan, selon Gross, est établie aussi bien par le témoignage des effigies monétaires que par la succession des dif­férentes images polarisées par tel ou tel type. Ainsi, les premiers portraits (nos 1-2) le représentent à l'âge d'environ 44 ans, avant ou immédiatement après avoir obtenu le titre de Germanicusinfo. Une deuxième période s'étend entre les années 103 et 108 (nos 12-24). Suit la période des portraits officiels dé­cennaux (nos 26-50), puis celle des succedanés des portraits décennaux (nos 51-56), groupés autour du buste de Vienne (no 51) et de la tête d'Oslo (n° 61). Enfin, les derniers portraits, développant toujours le même type decennal, se rassemblent autour de la tête d'Avignon (n° 62) et du type sacrifiant (n° 71).

Plusieurs traits du portrait que nous étudions ont des similitudes par­faits dans toute la série évoquée; il y en a qui apparaissent même sur cer­taines des premières images. Le fait que ces traits ne gagnent pas en pro­fondeur, progressivement, dans les images de la chronologie de Gross est une conséquence des diverses manières plastiques ou bien des milieux ar­tistiques dont les oeuvres respectives sont issues. Ainsi, la pomme d'Adam apparait d'une manière nette dans le premier portrait de la chronologie (no 1); les cheveux séparés vers la tempe droite, aux nos 9, 11, 28, 34, 42, 49, 51, 52, 61, 62, 66, 68, 69; les arcades légèrement courbées, aux nos 61, 66; les plis des paupières, aux nos 9, 29, 42; les plis verticales de la racine du nez, aux nos 19, 23, 29, 38, 39, 42, 61, 71; les sillons qui encadrent la bouche, aux nos 2, 5, 13, 14, 19, 29, 34, 35, 38, 39, 46, 54, 56, 61, 62, 66, 68, 71; le contour tombant des lignes du visage vers la mâchoire et son renforcement progressif, qui va de pair avec le viellissement aux nos 13, 14, 61, 66, 68.

Ces traits se retrouvent seuls ou plusieurs dans la même image; mais il y a dans la liste de Gross, des exemplaires qui, s'ils ne réunissent pas tous les traits du portrait en question, conservent une allure générale fort ressemblante à celui-ci qu'ils soient conçus dans le style officiel ou classique. C'est le cas des nos 42, 46, 61, 62, 68, 71. Il y a aussi des portraits «aberrants», déconcertants pour la typologie du personnage représenté, mais qui, à force de reproduire certaines caractéristiques de la physionomie, garantissent indubitablement leur identification (nos 47, 60).
D'autres portraits ont un caractère d'apothéoses info, qu'ils soient d'inspiration policlétéenne ou bien scopasique, et il y en a aussi qui abordent le genre classique nos 12, 17, 27, 33, 34, 45, 49, 54, 69). Toutes ces pièces mises à part, Gross discute les portraits posthumes, appartenant à l'époque d'Hadrien, qui sont illustrés par le buste de München (no 72) et la tête d'Ostie (no 73). La série des posthumes a été récemment enrichie par Fogg Art Museum de l'Université de Harvard qui a fait l'acquisition d'une statue représentant Trajan dans l'attitude d'une adlocutio, pièce considérée par Cornelius C. Vermeuleinfo ultérieure à la mort de l'empereur, appartenant à la période de transition entre son époque et celle d'Hadrien.
A l'encontre de tout le reste de l'iconographie évoquée, 1'iconographie numismatiqueinfo y comprise, le portrait de la collection Severeanu malgré ses nombreuses relations déjà mentionnées avec les pièces étudiées, se situe sur une position différente aussi bien par le style que par l'expression du caractère, de l'âge et des détails biographiques du personnage représenté.

G.M.A. Hanfmann montre, dans un fameux ouvrageinfo, que la notion de personnalité dans l'étude du portrait antique est apparue il y a quelques décennies seulement, grâce à l'oeuvre de pionnier de W. Stern, con­tinuée ultérieurement par d'autres chercheurs et surtout par Georg Misch dont l'ouvrageinfo, particulièrement important pour l'interprétation de la personnalité, est fondé sur les «portraits autobiographiques» littéraires de l'antiquité, qui témoignent d'une préoccupation morale et philosophique étroitement liée - paraît-il - à la signification et aux caractéristiques des portraits plastiques.

Donc, notre tentative d'éclairer les indices biographiques et les causes biologiques qui se font jour d'une façon tellement évidente à travers le portrait que nous étudions est légitime; il faut déterminer les éléments qui confèrent au portrait sa nouveauté et son vérisme, d'une part, la date - et si possible - le lieu où il a été exécuté, de l'autre.

Dio Cassius-Xiphilinusinfonous apprend qu'à la suite de quelques hémo­ragies internes, évacuées par l'appareil digestif, qui s'étaient produites beaucoup d'années avant sa mort, négligées par l'empereur vu sa nature forte et optimiste - l'état de sa santé empira, il devint apoplectique et son corps se gonfla à cause de l'hydropisie. Arrivé à Selinonte en Cilicie, il mourut subitement. C'est certain que l'abandon du front parthe et l'intention de Trajan de regagner Rome sont la conséquence de l'affaiblisse­ment de sa santé; il n'avait pas soigné une maladie qu'il considérait benigne mais qui le tua inopinément et à la grande surprise de son entourage.

Après avoir présenté les symptômes résumés par Xiphilinus devant une commission d'expertise médicale, Paribeniinfo conclut que la fatigue de la guerre a aggravé la morbidité préexistante qui était encore en état de permettre à un corps robuste le maintien d'une activité restreinte et que l'organisme usé d'un homme de 64 ans fléchit après la crise apoplectique partielle, suivie de l'état hydropique et, enfin, de la mort subite provoquée par la paralysie cardiaque. Il parait que l'intempestivité

des événements ne permit pas l'élection d'un successeur, mais Pompeia Plotina écrivit au Sénatinfo que Trajan mourant avait adopté Hadrien, qui se trouvait à Anti­oche. La mort de l'empereur a été annoncée seulement quelques jours après et de la sorte on a eu le temps d'en avertir Hadrien.

Donc, c'est la maladie prolongée qui a déterminé les particularités faci­ales de la tête et c'est à la chute brusque qui précéda le trépas qu'est dû le flétrissement des deux bosses charnues de la mâchoire et les plis de la chair sur le cou et sous le menton. L'expression du visage est pathétique, désam­parée devant une mort que l'empereur vigoureux et brave attendait, non pas souffrant dans son lit, mais sur le champ de bataille. Il y a dans cette atti­tude de Trajan quelque chose de tenace et de mélancolique propre aux forces qui, robustes encore, sont fauchées lâchement par la maladie; il y a le même mepris obstiné envers cette chair que ses descendents voulaient mater - le stoïque Marcus Aurelius et l'apostat Julien tué, lui aussi, sur le même champ de bataille parthe, par le même ennemi ignoble, au comble du même éclat d'énergieinfo.

On dit qu'une décrépitude physique subite, déclenchée par la maladie, rend pareils les visages des descendents et de leurs parents, car la chair moule les traits physionomiques héréditaires, accentuant d'avantage leur parenté. Marcus Ulpius Trajanus pater, représenté sur l'aureus commémoratifinfo peu avant sa mort, survenue autour des années 100info, offre un profil qui ressemble beaucoup à celui du portrait de la collection Severeanu en ce qui concerne la manière dont les détails faciaux sont traités. Une relation iconographique plus saillante peut-être établie avec le buste de Trajan père du Musée du Capitole, Romeinfo, qui présente les plis courts qui naissent aux coins de la bouche ainsi que les bosses charnues décrépites de la mâchoire, orientées verticalement sur le visage, identiques à celles qui caractérisent l'image étudiée.

Cornelius C. Vermeule accorde une plus grande importance que Gross aux portraits de l'empereur représentés sur l'attique de l'arc de Benevente qu'il considère posthumes, tout comme J. M.C. Toynbeeinfo et en dépit des réserves de Gustaf Hamberginfo concernant leur attribution à l'époque d'Hadrien, en appuyant cette affirmation sur les données fournies par l'étude de la statue de Fogg Art Museum.
La comparaison rigoureuse établie entre les portraits que nous venons de mentionner et la tête de la collection Seve­reanu relève l'importance particulière de celle-ci, qui, réunissant la plu­part des éléments biographiques et représentant presque une fiche icono­graphique des souffrances provoquées par la maladie pendant les derniers mois de la vie, constitue un ultime document plastique créé avant la mort de l'empereur. Ainsi la tête de Benevente, située sur le côté extérieur de l'attique, devient d'une façon nette un monument posthume, car tout en gardant l'aspect général de la tête de Bucarest - les plis profonds de la base du nez et ceux des coins de la bouche, les yeux enfoncés dans la tête et, après tout, les indices de la fin imminente fournis par le monument étudié - elle n'offre pas les détails minutieux d'une décrepitude avancée, mais par ce fait même, elle suggère la disparition définitive du personnage représenté. Le naturalisme exagéré était à eviter sur un monument officiel et le conventionnalisme de facture hadrienne de la tête d'Ostieinfo n'aurait pas été pertinent, lui non plus, à côté de l'inscription dédicatoire.

Une fois l'emplacement chronologique déterminé nettement vers la proche fin, grâce aux indices physionomiques accumulés par le monument que nous publions, il convient de situer et d'expliquer la réalisation artis­tique et les valeurs esthétiques à travers l'ensemble de connaissances dont nous disposons, concernant le portrait de l'époque de Trajan. Les effigies monétaires, utiles quant à la chronologie, ne nous offrent plus un apport direct, en ce qu'elles suivent plus ou moins fidèlement la manière officie­lle ainsi que les traditions des officines. La caractéristique maîtresse des portraits en ronde-bosse de Trajan c'est d'après le remarque de Gilbert Ch. Picardinfo la solidité de la construction, la volonté du sculpteur d'affir­mer l'énergie et la résolution mises au service d'une intelligence pratique et lucide. La même énergie, qui ne rime pas avec la nature des personnages représentés, apparaît dans les portraits de Plotine ou de Marciane, la soeur de l'empereur. L'illusionisme des Flaves consumé, les portraits de la pre­mière époque trajannéene expriment un équilibre maîtrisé dans la présentation vériste des caractères physionomiques et surtout des manifestations de la vieillesse. Les deux imagines clipeatae du Musée d'Ostie, provenant des ther­mes de Mithrainfo, offrent un exemple éloquent dans ce sens-là.

En d'autres termes, G.M.A. Hanfmanninfo exprime cette transition de l'époque des Flaves à l'époque de Trajan par un changement du concept de la personnalité, c'est-à-dire que l'affirmation de la dignité impériale et de la vertu virile, héroïque, acquiert un ascendant de plus en plus grand sur les éléments spécifiques du personnage représenté. Les seuls portraits de Trajan, affirme le chercheur cité, qui admettent l'infirmité, la vieillesse et la maladie sont les posthumes, et ceux de l'arc de Benevente en sont la preuve.

Nous assistons donc, dans cette période, à une renaissance embryonnaire du portrait d'apothéoseinfo dont la première manifestation se traduit par la représentation de l'idée du prestige et de la grandeur impériaux. Mais, réduire un phénomène complexe, le phénomène artistique notamment, à une formule lapidaire serait hasardé; on risquerait d'en ignorer les mo­biles internes, et, en dernier lieu, le spécifique.

Avant de résoudre le caractère posthume de certaines images de Trajan, le portrait que nous publions pose d'abord des problèmes qu'il convient d'éclaircir pour obtenir une juste appréciation de son apport. Le dualisme issu des caractéristiques personnelles, d'une part, et du problème artisti­que, de l'autre a existé depuis des siècles dans le domain du portrait romain. Soulignant la primauté chronologique de la première tendance, Bianchi Bandinelliinfo montre qu'elle prévaut sur la deuxième, une fusion complète de ces exigences se produisant seulement au III-e siècle. Quant à la période qui nous occupe nous ne pouvons pas tracer une ligne de démarcation entre les facteurs officiel et particulier, personnel et concept artistique, d'autant plus qu'à l'équation compliquée des données déjà mentionnées s'ajoute cette exigence de l'époque, qui se pique de classicisme et d'hellénisme et qui deviendra ultérieurement romantique et morbide.

La tête de Trajan de la collection Severeanu est elle, dans un certain sens, vériste? Sans doute que oui, dans la mesure où le vérisme signifie autobiographique, dans la mesure où son origine dans le portrait romaininfo signifie l'abandon des proportions organiques de l'image humaine, qui est la caractéristique essentielle de l'art grec. Mais l'expérience et les tendences véristes du portrait pré-augustéen qui se font jour dans le portrait de l'époque de Trajan et en existe aussi sur l'image que nous étudions, sont atténuées et recréées grâce au talent et à la vision hellénistique assimilée pendant tout un siècle. Parmi les produits similaires de cette manière artistique tellement intéressante par la diversité de ses coordonnées, nous relevons la tête en bronze de Cladova, conservée au Musée de Belgradeinfo. On constate le même équilibre des masses, le même jeu de la chair sous la peau, la même plasticité dans un portrait contemporain qui représente probablement Claudius Livianus le préfet du prétoire pendant la première guerre dacique.

Les bustes des imagines clipeatae d'Ostie susmentionnés et les têtes de Cladova et Bucarest - ceux-là à peine détachés de l'illusionisme flavien, celles-ci reunissant tout ce que la période trajanéenne avait élaboré de plus original - sont séparés par presque deux décennies d'activité artistique d'autant plus fervente que les tendances et les traditions qui s'entremêlent pour la définir se multiplient.
Du point de vue stylistique aussi, la tête de la collection Severeanu se rattache à la période trajanéenne, et notamment à la fin de celle-ci; c'est un fait que nous considérons évident, ne serait ce que par le résultat de la comparaison avec la période de transition marquée par les portraits de l'attique de Benevente qui, malgré l'insistance des plis facieux, ressemblent assez peu à la tête de Bucarest tout en se rapprochant par ce »sfumato« caractéristiqueinfo de la morbidité du portrait d'Ostie .

Le lieu de la découverte du portrait qui nous préoccupe n'est pas certain. Le docteur Severeanu qui l'avait reçu du docteur Slobozeanu en échange de quelques autres objets archéologiques, affirme dans ses notes que celui-ci l'avait procuré de Callatis. Questionné en 1960 par Gh. Astancăi, dont nous détenons l'information, le docteur Slobozeanu a declaré qu'il l'avait acheté d'un paysan des environs du castre de Tropaeum Trajani. Nous avons des doutes sur la sincérité de cette dernière affirmation surtout parce que les fouilles de Tropaeum Trajani ont été surveillées par les autorités archéologiques, tandis que à Mangalia n'importe quel proprietaire part­iculier était libre de vendre sans être importuné par les lois ce qu'il trouv­ait dans le sous-sol de son domain. Circonspects en ce qui concerne Callatis, quoique la qualité du marbre et de l'exécution soient dignes de la plus brillante ville grecque du Pont Gauche, nous sommes convaincus quand-même que le monument est originaire de Dobroudja. Exécuté sur place ou bien apporté d'un centre important - et lequel serait-ce - c'est difficile à dire.

La première hypothèse n'est pas tout à fait invraisemblable. Nous con­naissons, il est vrai, d'une période plus tardive, toute une série de portraits découverts en Dobroudja ou aux alentoursinfo. Une tête de rebut en marbre trouvée à Callatis qui figure dans la collection Severeanuinfo 1421également, atteste l'existence dans la ville pontique d'un tel atelier, aux ouvriers habiles qui ne copiaient pas mécanique­ment (il n'y a pas de traces de poinçonn­age), mais exécutaient la pièce directement en marbre per maniera di torre. Mais il y a une autre origine que nous supposons plus possible, à la suite de la publication dans Archaeology de juin 1966info d'un portrait buste de Trajan conservé dans le Musée arché­ologique d'Ankara et découvert dans la région d'Ankara. Il s'agit d'un médaillon en bronze doré au centre duquel se détache en relief le buste de l'empereur. La relation entre la tête de la collection Severeanu et ce médaillon est particulièrement etroite. La même manière, le même pathétisme, la même décrépitude avant la mort et, surtout, la même vision constitutive et les mêmes moyens d'expression artistique. La comparaison est suggestive.

De la sorte, la tête que nous présentons n'apparaît plus comme une exception. Les moyens d'expression communs, la vision commune, ne pourraient-elles signifier une origine commune également.

Il est vrai que dans tout l'art officiel du règne de Trajan se remarque la personnalité frappante d'un artiste qui, peut-être pour avoir occupé une fonction publique a laissé son empreinte, tout comme Phidias par son génie, sur la sculpture de l'époqueinfo, mais il est aussi vrai, qu'en même temps les villes de l'Orient hellénisé, et surtout celles de l'Asie Mineure apportent à l'art romain des conceptions nouvelles, issues du contact immédiat avec la vie, à l'encontre du raffinement attique, tourné nostalgiquement vers le passéinfo. Il nous semble qu'il n'est pas exagéré de considérer, sans négliger bien entendu le principe de l'historisme du phénomène artistique, position propre à Bianchi Bandinelliinfo, que c'est justement à l'époque de Trajan que se forme l'art de l'antiquité tardive, grâce à toutes ces innovations auxquelles contribuent les centres microasiatiques. Les trois monuments, la tête de Cladova, celle de Bucarest, et enfin le médaillon d'Ankara ont des traits communs et une parenté evidente quant à leur origine artistique; ils marquent, à notre avis, l'un des courants microasiatiques mentionnés.

C'est une interprétation que les recherches à venir, partant du docu­ment que nous publions, éclairciront peut-être, munies d'un plus d'argu­ments, ou approfondiront à l'aide de nouvelles connaissances.

Par son pathétisme, la tête de Trajan de la collection Severeanu té­moigne d'une affection toute spéciale pour la vie et le rôle historique du héros impérial gardé dans la mémoire des traditions et des légendes po­pulairesinfo jusqu'au delà des frontières des provinces conquises.

L333 thumb'artiste qui aura sculpté sa dernière image fut, à coup sûr, animé par la passion et par l'émotion d'une dédicace destinée au plus probe, au plus téméraire et au plus sage des empereurs de Rome, Optimo Principi.

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