Les pierres gravées

ICONOGRAPHIE IMPÉRIALE

Dans la riche série de portraits glyptiques impériaux romains, nous ne nous arrêterons que sur ceux qui ont été identifiés comme tels dans notre hypothèse, mais n’ont pas été publiés dans la revue Latomuset qui sont donc plus difficilement accessibles aux spécialistes du monde entier. En dehors de cela, nous insisterons sur des doubles, ainsi que sur des effigies, évidement impériales, mais très difficiles à identifier.

Caligula(catalogue n° 653). Cette œuvre remarquable de la glyptique romaine a une double importance : en tant que réalisation artistique supérieure d’une part, et comme document historique iconographique de l’autre.

La tête d’enfant, gravée par le lithoglyphe qui n’a pas signé son œuvre, représente le futur empereur Caïus Caligula, fils de Germanicus, à l’âge d’environ 7 ans, ainsi qu’il résulte de l’information fournie par Suétone info et d’après son image, qui figure sur le Grand Camée de Paris info. Suétone mentionne l’an 12 de n.è. comme date de naissance de Caligula. La séparation de Germanicus de sa famille, la veille de son départ pour l’Orient, d’où il ne reviendra jamais, évènement marqué par le plus grand et le plus beau chef-d’œuvre de l’art glyptique ancien, se produit en l’an 18 ou 19 de notre ère.

La ressemblance entre notre camée et le portrait de Caligula enfant du Grand Camée de Paris est si frappante, comme image et comme manière, qu’elle entraîne d’intéressantes conclusions que nous allons tâcher d’exposer et d’argumenter ci-après.

Outre ce portrait appartenant à la collection du Cabinet numismatique, il n’y en a aucun autre qui représente le futur empereur à un si jeune âge, bien que ses portraits soient assez nombreux, en intaille ou en ronde bosse info. Mais la ressemblance de ce portrait avec celui du Grand Camée de Paris ne se fonde pas uniquement sur les traits généraux de la figure, qui, à cet âge, peuvent être communs et non significatifs, mais bien sur des détails physionomiques caractéristiques pour toute la famille Julio-Claudienne et que le graveur a pris soin de rendre fidèlement ; ainsi les oreilles pendantes, dont le pavillon, très développé, est rabattu vers le visage, détail souligné aussi bien sur le Grand Camée de Paris que sur le nôtre. Le même trait apparaît sur tous les portraits d’Auguste, de Tibère, de Caligula et de Claude.

Par conséquent, la ressemblance générale qui aurait pu être simplement fortuite, est précisée et confirmée par ce détail, qui pose de façon imminente le problème de la paternité et de la date où les deux pièces ont été travaillées, car aucun doute ne subsiste pour celui qui examine les deux images, mises en parallèle, qu’il ne s’agisse d’un seul et même artiste graveur. Bien plus, l’étude de ce portrait détaché permet d’identifier un autre camée, que Salomon Reinach donne comme un portrait de Britannicus et qui s’avère être un portrait de Caligula, à l’âge d’environ 10 ans info. Malheureusement, nous ne savons pas dans quelle collection est entré ultérieurement ce camée qui se trouvait à Florence, dans le Thesaurus Medicaeusdécrit par Gori info aucun des catalogues des grands musées du monde n’en faisant mention. Ainsi donc, notre camée demeure le seul document en ce qui concerne la possibilité de dater le Grand Camée de Paris et, implicitement, d’en déterminer la paternité.

Pline et Suétone info parlent de Dioscoride comme du plus grand artiste lithoglyphe dominant la période d’Auguste, tout comme Pyrgotélès illustre, en glyptique, l’époque d’Alexandre le Grand. Nous nous imaginons, et il est fort probable que ce soit ce qui s’est passé, que c’est à ce Grec, arrivé à Rome vers la fin du Iersiècle av. n.è. avec ses trois fils : Eutychès, Herophilos et Hyllos, qu’on a confié la tâche de graver cet important monument. La supposition est d’autant plus justifiée, que certains camées, d’un travail similaire à celui dont nous nous occupons, portent les signatures de Dioscoride et de ses fils info. Ces œuvres, signées ou dépourvues de signatures, ne sont pas isolées; elles groupent un certain genre de sujets, répartis chronologiquement sur une période assez restreinte, se limitant aux membres de la famille impériale du début de la dynastie Julio-Claudienne.

L’auteur ou les auteurs des camées dont il s’agit appartiennent, sans conteste, à la même école, dont les progrès dans la transformation de la configuration mythologique hellénistique du sujet en un réalisme romain s’observent aisément. Le camée de Vienneinfo, le camée de Paris, le camée du British Museum info, ainsi que les autres pièces remarquables appartenant aux mêmes auteurs, forment un tout où évolue graduellement la manière de traiter l’ensemble, la conception de la composition du monument, tout en gardant la manière spécifique de la taille des figures, ainsi que la manière de tirer parti des couleurs des couches superposées de la pierre.

Tandis que le camée de Vienne, œuvre supposée être de la haute époque de Dioscoride info, conserve encore la division formelle de ta pierre en deux registres, ainsi que la manière de la composition hellénistique, le camée de Paris marque en ce sens un réel progrès.

Les trois registres se fondent en un seul et même tout, où la place des personnages mythologiques est prise par des figures terrestres, vivantes ou divinisées, hiératiquement transfigurées par la maiestas populi romaniqui les recouvre.

C’est justement cette unité et cette évolution de la conception constitutive de ces pièces, qui plaide pour en établir la date vers le début du Iersiècle de n.è., dans la première décennie du régne de Tibère info. L’importance du portrait de Caligula, faisant partie de la collection que nous publions, réside justement en ce que, réunissant, tous les traits spécifiques du portrait de Caligula du Grand Camée de France, il devient réellement un critère chronologique.

Jusqu’à l’apparition de cette pierre, achetée à l’étranger par l’ingénieur Orghidan, on ne pouvait savoir si le portrait de Caligula sur le Grand Camée était authentique ou conventionel, si cette pièce avait été exécutée alors que Caligula avait 7 ans environs ou si c’était une œuvre de quelques décennies plus tardive info; car, si les portraits des autres personnages sont connus et identifiables au moyen des quelques bustes et statues existants, celui du futur empereur n’était pas connu par comparaison avec un portrait le représentant à ce jeune âge. Par conséquent, l’auteur du Grand Camée de Paris info a exécuté cette œuvre vers l’année 19 de n.è., lorsque Caligula avait 7 ans, et a reproduit de manière véridique non seulement son portrait, mais certainement ceux des autres personnages aussi.

L’existence d’un portrait individuel de Caligula à l’âge de 7 ans exclut la possibilité d’une composition rétrospective du Grand Camée. Dans l’éventualité de cette hypothèse, les autres personnages de la famille impériale, dont quelques-uns encore en vie à ce moment-là, pouvaient servir de modèle, sinon eux-mêmes, du moins leurs images à l’âge du moment représenté sur le Camée.

Mais d’autre part, nous savons très bien que les portraits exécutés sur des pierres précieuses de cette importance étaient les plus fidèles et avaient toujours pour modèle le personnage lui-même ; étant donné l’énorme travail que comporte leur exécution, ils avaient à ce point de vue aussi, une valeur iconographique toute particulière.

Donc, le Grand Camée de Paris, d’une absolue authenticité, représente la famille impériale aussitôt après la mort de Germanicus, figurant de manière commémorative la scène de la séparation, au moment où celui-ci partait pour son dernier voyage. Les trois registres du camée immortalisent exclusivement la gloire de Germanicus, sur terre et dans les cieux info.

Nous supposons que l’artiste graveur du Grand Camée a exécuté après, pour chaque membre vivant qui figurait dans cette scène, un portrait séparé, de dimensions presque égales ou un peu plus grandes.

C’est de cette façon qu’on pourrait expliquer la découverte du second portrait de Caligula, exécuté par la même main, chose rendue évidente par la ressemblance avec son image figurant sur le Grand Camée. Pour pouvoir soutenir cette hypothèse, nous avons tâché d’identifier dans l’iconographie impériale des œuvres glyptiques qui représentent, avec des similitudes de style et d’atmosphère, les mêmes personnages qui figurent sur le Grand Camée. Ainsi, d’autres camées, œuvres du même artiste, sont des portraits commémoratifs détachés.

Sur le Grand Camée, les personnages de la famille impériale sont répartis en deux registres ; dans le registre moyen se trouvent de gauche à droite, Caligula avec Agrippine, Germanicus et sa mère Antonia, Tibère portant l’égide de Jupiter et Livie sur le trône; derrière eux, Drusus le Jeune, fils de Tibère, et sa femme Livilla, sœur de Germanicus. Dans le registre supérieur, Germanicus, chevauchant Pégase, conduit par Cupidon, arrive aux cieux où il est accueilli par Enée, Auguste et Drusus le Vieux.

Dans l’économie du tableau, le groupe central, Tibère et Livie, reçoit la plus grande quantité de lumière, insinuant en même temps le parfait accord, du moins officiel, entre ces deux personnages impériaux, tel que Tacite et Suétone le décrivent. Il est tout naturel que ce groupe, Tibère et Livie, puisse figurer seul sur un portrait détaché.

Dans l’iconographie glyptique de Tibère info, le camée qui le représente à côté de Livie info nous semble le plus proche de la manière de travail de l’auteur du Grand Camée. Sur les deux représentations les personnages ont les traits identiques. D’ailleurs, sur ce petit portrait, Tibère et Livie ont les bustes respectivement nu et drapé exactement comme ceux du Grand Camée. La coiffure de Livie et celle de Tibère, la couronne de laurier et le diadème sont gravés tout pareillement sur le Camée de Paris.

Antonia, la mère de Germanicus, autre personnage important de la famille impériale, aura eu probablement elle aussi son portrait séparé, exécuté par la main du même graveur, en souvenir du même événement. Parmi les images glyptiques d’Antonia info, l’une, d’une ressemblance frappante avec son portrait sur le Grand Camée, est celle du camée en sardoine à trois couches : brun, blanc et jaunâtre info, représentant son buste lauré et drapé à droite. La coiffure est exactement la même que sur le Grand Camée et les traits sont fort ressemblants, bien qu’assez généraux, afin de n’en pas préciser l’âge avancé. D’ailleurs, c’est une des caractéristiques des portraits de la glyptique impériale de ne pas accentuer les précisions biographiques quand les personnages ont un âge avancé.

Finalement, pour nous limiter à quelques exemples seulement, nous mentionnerons un portrait d’Agrippine, mère de Caligula, connu en glyptique par de nombreux exemplaires info. Il nous semble qu’il soit travaillé par le même graveur, tout comme les autres portraits détachés. Il s’agit d’un camée à trois couches info, représentant le buste d’Agrippine, drapé et lauré, à droite avec, derrière elle, le rouleau de l’histoire de Germanicus, tout comme sur le Grand Camée.

Suite à tout ce qui a été exposé ci-dessus, nous considérons que la supposition faite concernant l’existence d’un portrait commémoratif de Caligula est en quelque sorte fondée, estimant que nous pouvons reconnaître des portraits similaires de quelques autres membres de la famille, exécutés par le même artiste.

En glyptique les portraits d’enfants, s’ils ne sont pas très fréquents, existent néanmoins, soit sous forme de camée, soit en ronde bosse info. Les portraits de Lucius César et d’Annius Verus sont les plus proches en date de notre camée. Toutefois le portrait de Caligula leur est supérieur par son réalisme presque caricatural.

L’iconographie monétaire, qui bien souvent est d’une grande utilité dans nos études sur les portraits impériaux, ne contient aucun portrait d’enfant pendant toute la première moitié du Iersiècle de notre ère, jusqu’à Néron, à l’exception du portrait d’Auguste jeune, qui apparaît même sur les monnaies des cités phrygiennes ; mais c’est là un anachronisme voulu info. Auguste à cette époque-là allant sur ses 46 ans. Les portraits de Néron jeune apparaissent sur les monnaies en or et en argent aussitôt après son adoption par Claude, c’est à dire en 51 de n.è. Le portrait de son rival au trône, Britannicus, n’apparaît qu’une seule fois sur un sesterce frappé à Rome info.

Les effigies monétaires nous sont d’autant plus utiles, qu’elles s’évadent du maniérisme des portraits d’enfants des sculpteurs de l’époque d’Auguste et de Claude, quand le type d’Eros ou de Dionysos était largement répandu info

Le portrait de Caligula des collections du Cabinet numismatique se fait remarquer justement par les caractères réalistes par lesquels l’artiste psychologue laisse entrevoir les traits d’âme de l’empereur qu’il devint. Le portrait littéraire fait par Suétone en est une confirmation. La tête est ronde, massive, aux cheveux épais, à larges ondulations, ramenés sur le front et partagés en deux au milieu de la figure. C’est une caractéristique de la coiffure de cette époque-là, pour les deux sexes du même âge info. Vers les tempes, les cheveux sont coupés au-dessus des oreilles. Les yeux, aux contours bien marqués, ont les pupilles accusées et les arcades sourcilières proéminentes ; ils sont éloignés, laissant une large portion à la base du nez, d’ailleurs long et aplati du bout. La bouche est petite et fine. Le menton proéminent, presque pointu, est coupé droit, de sorte que les joues dépassent la ligne du maxillaire. Les oreilles ont un pavillon développé et rabattu vers le visage. En général, l’ossature du crâne conserve parfaitement les caractéristiques du jeune Caligula, tel que nous le présente un buste du Musée National de Rome info. Le visage joufflu de notre portrait constitue plutôt une caractéristique de l’âge qu’un trait physionomique.

L’artiste litoglyphe a su voir le futur tyran dans l’enfant gâté des légions de Germanie, dénommé «botillon» (caligula).Son visage est celui d’un enfant volontaire, dont tous les souhaits étaient accomplis, aux caprices duquel les centurions se soumettaient de bon gré ; enfin c’était un enfant de troupe impérial, qui mangeait et dormait dans les tentes des soldats, ses grands amis, sur lesquels il avait un pouvoir colossal, du fait de sa gentillesse même. Rien que son apparition apaise une révolte militaire, survenue peu de jours après la mort d’Auguste. Devenu empereur, il lui passera par la tête de décimer ces légions qui l’avaient élevé et qui l’adoraient, parce que, bien des années auparavant, elles avaient osé se mutiner pendant qu’il se trouvait dans le camp. Dès sa petite enfance il avait donné des preuves de sa cruauté; tout comme sa fille, qui plus tard, allait griffer de ses ongles les yeux des esclaves qui la soignaient.

Mais si la glyptique n’offre que peu d’exemples de réalisme dans les portraits d’enfants de cette époque, les reliefs en marbre commencent à se détacher de l’image idéale des Eros hellénistiques et à faire revivre les traditions réalistes du portrait républicain.

Les enfants de la famille impériale sur la frise supérieure de l’autel de la Paix d’Auguste info constituent un premier exemple, que nous retrouverons adopté par l’art de la statuaire non officielle, telle cette statue d’enfant du Louvre info, ou par le relief funéraire d’un couvercle de sarcophage du Musée National de Rome info.

Tout comme pour notre camée, le réalisme de ces deux portraits est d’autant plus subtil, que les traits du visage ne sont accusés par aucune ride caractéristique ; bien au contraire, la peau du visage est bien tendue, n’ayant pas encore pris le pli de quelque rictus.

Le camée représentant Caligula enfant est encore un monument de premier ordre dans la série des portraits réalistes du Iersiècle de n.é. Il constitue, comme nous espérons l’avoir démontré ci-dessus, un critèrechronologique pour d’autres pièces de grande valeur artistique et historique.

De futures études iconographiques pourront pousser plus loin les opinions et les conclusions émises à propos de ce portrait.

Galba(catalogue n° 654). Le profil de Galba possède quelques traits distinctifs qui le rendent facilement identifiable sur les monnaies où, évidemment, les signes d’un âge avancé sont dissimulés sous le relief de la face musculeuse. Dans le cas des intailles et des camées, la sincérité des graveurs est en compensationdoublée par l’air majesteux et la dignité impériale.

Le nez aquilin, les lèvres retroussées et le maxillaire proéminent coupé sous les plis de la face qui convergent sous le menton, sont des éléments qui caractérisent tout spécialement les pierres gravées qui représentent cet em­pereur, et dont le nombre est grand.

Parmi celles qui sont spécifées dans la note info, le profil de ce camée est semblable à celui de l’intaille en cornaline du Thesaurus Medicaeus(Gori). Cependant sur cette pièce le profil de Galba est plus pointu. Notre camée représente une tête puissante à la figure ridée. Si par le profil du nez, du menton et de la bouche nous n’avions pas la certitude que nous avons à faire au portrait de Galba, l’air de toute la pièce nous ferait plutôt penser au portrait de Vespasien. Tous deux, en tant que généraux de l’Empire, l’un en Espagne, l’autre en Judée, ont mené la vie du soldat en campagne. De petits détails du profil sont dictés par l’extension de la couche blanche, ce que nous ne pouvons trouver dans l’intaille en cornaline mentionnée, où toute la surface de la pierre était à la disposition du graveur. Par exemple, les feuilles de la couronne de lauriers s’arrêtent exactement sur la ligne de profil de la tête et les rubans de la couronne ne flottent pas sur les épaules, mais elles sont tracées sur le cou. Les plis de la face et du cou, difficiles à voir à cause de la blancheur de la couche, sont travaillés avec une maîtrise particulière.

En tant qu’œuvre d’art, la pièce est remarquable. Les proportions entre le relief et le fond sont bien choisies. A notre avis le camée n’est pas contemporain du personnage représenté, mais plus tardif, appartenant du point de vue du style à l’époque de Trajan. Il a été inspiré par une monnaie de bronze émise du temps du gouvernement de Galba par l’officine de Rome, ou en est une copie exacte. Il se peut que la pièce ayant le modèle mentionné, ait été gravée lors de l’émission commémorative de Galba exécutée sur l’ordre de Trajan info.

Matidia(catalogue n° 656). En dehors des représentations sur monnaies info, l’image de Matidia nous est connue par l’intermédiaire de pierres gravées : deux intailles de la collection Médicis info, un camée de la même collection info et une intaille de la collection d’Orléans info.

Du point de vue chronologique, on peut considérer l’intaille de la collection d’Orléans comme étant postérieure à celles de la collection Médicis, si nous tenons compte de l’âge du personnage représenté.

Sur notre camée Matidia a environ 20 ans. On ne peut établir qu’une chronologie relative de ses représentations, car l’année de sa naissance nous est inconnue (elle meurt en 120). D’autre part, le manque de représentations des personnages féminins de la famille de Trajan constitue, dans le cas de Matidia, un problème sérieux. On peut comparer le profil de notre camée à celui de l’intaille de la collection Médicis (voir note 33) qui ressemble au portrait qui se trouve sur un aureusde Plotine. Il faut souligner le fait qu’on ne rencontre semblable coiffure chez aucune des dames de la famille de Trajan. Cette particularité ainsi que quelques autres indices, nous font avoir certains doutes sur l’antiquité du camée, de même que sur l’identification du personnage représenté. Le profil de Matidia est sévère et gracieux, admirablement taillé dans la couche blanche de la pierre, dans la manière néoclassique de la période de Trajan. Son visage est d’une remarquable distinction, soulignée par la luminosité de la figure et la carnation des joues et du cou.

Les cheveux sont longs et serrés derrière en un filet soutenu par un ruban passé au-dessus du chignon et noué autour de la tête. La masse capilaire laisse la partie inférieure de l’oreille libre. Au-dessus de la coiffure, sur le front, est placé un diadème travaillé au repoussé avec des lignes verticales et des points. Un petit fragment de la partie supérieure du diadème est brisé.

L’impression générale créée par l’exécution du profil est celle d’une beauté exceptionelle et présente cette distinction caractéristique des grandes dames romaines depuis Plotine jusqu’à Sabine et Crispine.

Hadrien(catalogue n° 657). La pierre a quelques fissures naturelles qui ont été dissimulées par le polissage mais que l’action du temps a rendues visibles aujourd’hui.

Ne disposant que d’une couche mince de roche blanche, le graveur a utilisé le procédé suivant pour suggérer le haut-relief : il a étendu dans le plan le côté gauche de la tête, en sculptant l’oreille plutôt de face que le profil.

La coiffure et la barbe sont caractéristiques de la première moitié du IIesiècle et tout spécialement des portraits d’Hadrien info. En glyptique, le buste de l’empereur apparaît très souvent info. L’expression générale du portrait que nous étudions est celle du buste du Musée National de Naples info. Parmi les pierres gravées, nous pouvons nous rapporter à un camée du Cabinet des Médailles info qui représente un empereur lauré, de face, la tête légèrement tournée vers la droite. Sur notre camée, le buste découvert, la barbe abondante et les cheveux simulent un désordre esthétique qui rappelle les représentations d’Hercule. Le graveur a choisi cet aspect héroïque comme allusion à la merveilleuse constitution physique de l’empereur, à sa vie sportive passée en chasses, en voyages et en compétitions à l’air libre et enfin à cette Kαλoxαγαθίαdont le substrat intérieur était un sens incommensurable de l’architecture et de la musique.

Cette allusion iconographique est confirmée par le revers d’un médaillon qui représente l’empereur en Hercule, marchant vers la droite et portant un arbre, la massue et la peau de lion info.

Les yeux aux pupilles bien marquées et la bouche entr’ouverte témoignent du classicisme de l’époque, suggérant même un alexandrisme romain. Ce portrait héroïque non officiel de l’empereur ressemble par son air impassible à n’importe lequel de ses bustes info.

Le camée est bien exécuté en tant qu’œuvre d’art, et il est à notre avis postérieur à la mort de l’empereur dont l’image est idéalisée si nous la comparons au bas-relief portant l’apothéose de Sabine au Museo dei Conservatoride Rome, où Hadrien est représenté peu de temps avant sa mort info.

Lucius Verus(catalogue n° 658). La pierre contient certaines veines de couleur foncée qui traversent la couche blanc-rose. Le relief est traité avec parcimonie à cause de l’espace réduit occupé par la couche supérieure dans la région du buste, du menton et du front. D’autre part le revers du camée est intaille qui représente le triomphe de l’empereur.

Nous devons avouer que nous avons eu des difficultés à identifier le profil à cause des traits du portrait, caractéristiques plutôt pour toute une période que pour un certain personnage. Ce n’est que grâce à l’abondante iconographie de Lucius Verus info qu’il a été possible de comparer et de chercher ces traits caractéristiques à l’homme qui se détachent de tout conventionalisme dans l’art du portrait.

L’intaille au revers du camée constitue une précision et une explication. Elle se rapporte au triomphe de Verus après sa victoire sur les Parthes, en été 166. Sur les émissions monétaires, le titre de Parthicus Maximusest attribué pour la première fois à Verus en août 165 info, tandis qu’il est donné à son collègue Marc Aurèle l’année suivante seulement.

Les historiens nous disent que Verus n’a paru sur le théâtre des opérations que pro forma, ne prenant part à la guerre d’aucune façon et demeurant impassible même après le massacre d’une légion. Des plaisirs variés le retenaient à Antioche ou dans plusieurs villes d’Asie Mineure. La mollesse du profil, la bouche entr’ouverte donnent au portrait un air de mélancolie et de sensualité, une impression générale qui correspond à la nature faible et capricieuse de Verus.

Lucius Verus est le fils de Lucius Aelius que certains chercheurs considèrent comme le fils naturel d’Hadrien info, adopté par l’empereur quelques mois avant sa mort; mais Aelius meurt en 137, avant Hadrien. L’empereur adopte alors Titus Aelius Antonius et le fils d’Aelius, Lucius Verus, en assurant ainsi sa succession dans deux générations. Il y a une ressemblance frappante entre notre camée et deux bas-reliefs du temps d’Hadrien qui représentent l’un l’arrivée de l’empereur (Museo Capitolino)et l’autre une proclamatio (Museo dei Conservatori) info

Sur les deux bas-reliefs, une figure semblable à celle du camée en question se trouve près de l’empereur. Cette figure représente Aelius Caesar, le père de Verus. Sur le second bas-relief, Aelius est représenté quelques mois avant sa mort, assistant à la proclamation de la consécration de Sabine. La ressemblance entre le personnage du camée et celui du bas-relief ne s’explique que par le fait que le père et le fils sont représentés au même âge sur les deux monuments.

À l’aide de la scène triomphale sur le revers du camée, nous pouvons dater le portrait de l’année 166. Lucius Verus est né le 15 décembre 130, il avait donc 36 ans lorsque le triomphe lui fut accordé. C’est ainsi que par la ressemblance des traits, nous pouvons déduire l’âge du père et approximativement, l’année inconnue de sa naissance, vers 110.

Au revers, la scène triomphale s’ouvre sur une victoire ailée, portant dans la main droite la couronne triomphale en feuilles de chênes, suivie par l’empereur monté sur un cheval sellé, tenant les rênes de la main gauche et saluant de la main droite. La scène est fermée par un signiferqui porte haut l’enseigne d’une légion. En exergue, un trophée est orné de deux palmes et encadré d’une part par l’ancre et le dauphin, symboles des marins, de l’autre par un caducée à étoile, les deux symboles d’occupations paisibles.

Faustina Junior(catalogue n° 659). Les cheveux sont coiffés en trois grandes ondulations et serrés derrière en un chignon soutenu par un filet info. Le profil est traité négligemment, plutôt ébauché que taillé. Le portrait bien connu de Faustine la Jeune a été rendu en lignes très générales par l’artiste provincial qui a laissé des zones entières non polies. Le cou d’une longueur disproportionnée (trait principal des portraits de Faustine) info, est rigide. L’œuvre, de facture provinciale, est restée inachevée, le revers n’est ni taillé, ni poli.

Pertinax(catalogue n° 664). À cause de la semi-transparence de l’opale, de la couche supérieure ainsi que du fond, semblable comme nuance à celui du relief, une plaque d’agate de couleur foncée a été collée dès l’antiquité sur le revers de la pierre.

Les traits du portrait rappellent un buste de l’empereur au musée du Vatican info, le profil étant le même que sur les monnaies info. En glyptique, son image ressemble à celle de Clodius Albinus info. Le relief du camée est très bas ; certains contours, comme par exemple celui de l’oreille, ne sont que suggérés. Les cheveux et la barbe sont plutôt tracés que finis, le tout rappelant l’époque de grand renouveau dans l’art du portrait, qu’est le IIIe siècle.

Parmi les camées romains, dont ceux que nous avons décrits appartiennent à des ateliers de niveau artistique élevé, certains, dont le prototype, dans le sens d’une réalisation supérieure, est représenté par le portrait de Faustine (catalogue n° 659), sont produits par des artisans de province ; ils sont destinés à une clientèle moins prétentieuse et dont les disponibilités financières sont plus restreintes. En dehors de la pièce mentionnée, l’image de cette impératrice, représentée dans notre collection par les camées nos 660, 661, 662, devient le prototype de l’époque pour un portrait d’impératrice, à la suite de la large diffusion de cette effigie par les nombreuses séries monétaires (à coiffures diverses), ainsi que par la quantité appréciable de portraits dans l’art de la statuaire.

Dans la série des portraits impériaux de la collection, nous devons mentionner les intailles avec le buste de Domitien (n° 403) et celui de Commode (n° 404), ainsi que la tête de Vabalathus (n° 408), dont l’identification n’est pas certaine, mais que nous proposons comme telle. Le buste drapé et la tête ornée d’un diadème de Julien l’Apostat (n° 409) a été identifié de façon certaine, car il a été pris en discussion parmi les éléments de son iconographie lors de la publication du Grand Camée (catalogue n° 668).

Des intailles dont l’identification n’est pas très sûre, sont intéressantes : les nos 422 (peut-être Faustine Mère), 423 (peut-être Sabine), 424 (peut-être Faustine la Jeune ou Lucille), 425 (peut-être Crispine). 

Parmi les camées dont l’identification est certaine, le buste de Commode soulève un problème dans le sens de l’authenticité de la pièce (catalogue n° 663). Nous l’avons considéré comme étant de l’époque romaine à base de critères techniques, mais nous avons hésité à le publier dans la série des portraits impériaux pour des raisons d’ordre iconographique qui ébranlaient notre certitude en son authenticité. Nous avons toujours le même doute, mais nous inclinons toutefois à le considérer comme authentique — c’est pourquoi nous l’avons classé à la place à laquelle il se trouve.

L’identification de Tranquillina sur le camée en pâte de verre n° 666 est possible sans être pour autant certaine, pour les mêmes raisons souvent rencontrées dans tant d’autres cas où la représentation n’était pas précisée. Par contre, le beau camée n° 669, représentant une tête impériale de la première moitié du IVesiècle, probablement un prince de la famille de Constantin le Grand, demeure non identifié, du moins au stade actuel de notre documentation.

En ce qui concerne la série assez abondante d’intailles et même de camées sur lesquels sont gravés des images féminines ou masculines portant certains insignes de la dignité suprême, diadèmes ou couronnes de laurier, plus ou moins schématisés, elle ne peut d’aucune manière être diminuée par des identifications précises, étant donné que la qualité d’exécution est plus que médiocre, les éléments de la physionomie sont supprimés — les pièces elles-même étant des produits de grande série de certains ateliers qui se préoccupaient surtout de fournir des pierres pour parures à bon marché et surtout pour des bagues sigillaires.

cop-pierres

rasfoieste-250x500

galeriei-250x500-2